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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Demandez et vous recevrez, mais demandez !

  Dimanche 27 janvier 2008, 3e Dimanche du Temps ordinaire (A)
  Clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
  Is 8, 23 – 9,3 ; Ps 26 ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4,12-23


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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« Priez sans cesse (1 Th 5,17) ! »
Voilà l’appel qui est au cœur
du thème retenu pour cette 100e semaine
de prière pour l’unité chrétienne.

Parce que nous désirons l’unité
ou peut-être pour la désirer vraiment,
il nous faut la demander à Dieu.
Il nous faut prier le Père de nous la donner,
et cette prière déjà nous unit !

Bien des obstacles demeurent
pour cheminer vers l’unité dans la foi et dans l’amour,
mais déjà le désir de l’unité et la prière pour l’unité
nous unissent très profondément
avec tant et tant de chrétiens de confessions différentes.

En ce dimanche nous nous unissons spirituellement
avec des millions de frères et sœurs
qui eux comme nous, nous comme eux,
prions pour que les chrétiens avancent vers l’unité.

Mais comment prier pour l’unité ?
Que dire, que souhaiter, que demander ?
À l’écoute de la Parole de Dieu
qui nous guide et nous enseigne,
la prière pour l’unité nous apparaît
comme une plongée dans le cœur de Dieu
pour y contempler
son dessein de réconciliation dans le Fils,
ensuite pour y puiser la miséricorde du Père,
et enfin pour appeler l’Esprit qui tisse l’unité.

*
En premier lieu, il nous faut reconnaître
qu’il n’y a pas de prière pour l’unité
qui ne commence par ouvrir les yeux du cœur
pour contempler le dessein de Dieu.
Sans cela notre prière serait
sans souffle et sans espérance.
Mais quel est le dessein de Dieu ?
De notre Dieu Trinité ?

Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu se lever une grande lumière (Mt 4,16 ; cf Is 9,1).
Sur la terre de Galilée à la population hétéroclite,
lieu de passage, lieu de brassage,
une lumière s’est levée,
un visage est apparu.
Ceux qui habitaient dans le pays
de l’ombre et de la mort, (Mt 4,16 ; cf. Is 9, 1),
blessés par tant de divisions, de scissions,
de barrières et de frontières,
entendent la voix de leur Seigneur
les invitant à la conversion
car, dit-il, « le Royaume des cieux est tout proche ».

La communion avec Dieu,
la communion entre tous en Dieu qui se fait proche !
Elle est proche parce que Jésus est là.
Jésus vit désormais au milieu de nous, en nous.
Celui qui est venu s’offrir non pour une seule nation
ou un seul peuple,
mais afin de rassembler dans l’unité
les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52).

La lumière qui se lève sur la Galilée
est celle de l’unité enfin offerte à l’humanité.
« Je retirerai (mes brebis) de tous les lieux
où elles furent dispersées
au jour de nuées et de ténèbres.
Je leur ferai quitter les peuples où elles sont.
Je les rassemblerai (...), je les ramènerai (Éz 34,12-13). »

Tel est le dessein du Père :
tout réconcilier,
tout rassembler,
tout récapituler en son Fils Jésus-Christ.
Et glorifier son Fils en cette unité dans l’Amour.

Quelle est alors notre mission de chrétiens
en ce dessein divin ?
D’accueillir ce don et d’être
les serviteurs de cette réconciliation
de toute l’humanité dans le Christ.


Regardons le premier geste de Jésus
à l’aube de sa vie publique ?
Il appelle à lui des hommes et en fait des rassembleurs.
« Venez à moi, dit Jésus à ses apôtres,
je vous ferai pêcheurs d’hommes (Mt 4,19) ».
Je vous ferai rassembleurs d’hommes.
Ainsi germe l’Église, déjà là, au bord du lac,
cette Église fondée sur les douze apôtres de l’Agneau,
qui est sacrement de l’unité du genre humain
et ne cesse de lancer dans l’histoire
le filet de l’Amour pour tirer les humains de la solitude
et leur offrir la communion qu’est le Royaume.
Car c’est en elle et par elle
que le Christ attire à lui tous les humains.
C’est en elle que nous sommes réconciliés avec Dieu
en un seul corps par le moyen de la croix (cf Ép 2,14).

Nous le comprenons bien, frères et sœurs,
la vocation de l’Église est bien l’unité.
C’est sa nature, c’est son être même.
L’unité, non l’uniformité,
car l’Église n’est pas une secte fermée
asservissant ses élus dans une idéologie :
l’Église est belle dans ses diversités
qui ont vocation d’enrichir l’unité.
L’unité n’est pas pour l’Église
une question de convenance
ou de belle façade,
l’unité est la vocation de l’Église,
elle est l’être même de l’église
dans le dessein divin de tout rassembler en Christ.

*

Forts de ce regard, nous ne pouvons plus lire
l’histoire de l’Église
et vivre notre histoire en Église
sans une grande douleur.

Que de divisions, de scissions,
entre ces multiples confessions,
trop peu désireuses d’accueillir l’autre comme un don.
« Christ serait-il divisé (1 Co 1,13) ?  »
interrogeait déjà saint Paul.
Non ! Christ n’est pas divisé,
ne peut pas être divisé.
C’est nous qui le sommes en nous et entre nous.
Aussi, la prière pour l’unité
est également une prière pénitentielle.

« Parmi les péchés qui requièrent
un plus grand effort de pénitence et de conversion,
écrit Jean-Paul II,
il faut évidement compter ceux qui ont porté atteinte
à l’unité voulue par Dieu pour son peuple.
Au cours du deuxième millénaire,
plus encore qu’au premier millénaire,
la communion ecclésiale a connu de douloureux déchirements
qui s’opposent ouvertement à la volonté du Christ
et sont pour le monde un objet de scandale.
Malheureusement, ces péchés du passé
font encore sentir leur poids
et demeurent, même à l’heure actuelle,
comme des tentations.
Il est nécessaire, conclut Jean-Paul II,
d’en faire amende honorable
en invoquant avec force le pardon du Christ. »
(Tertio Millenio Adveniente, n° 34).

Oui, l’histoire et notre histoire
relèguent douloureusement
la résistance farouche du cœur de l‘homme
au dessein divin de réconciliation.

Et si nous demandions pardon à Dieu
pour tant de discordes
avec un cœur humble et contrit,
conscient de notre suffisance,
de notre désobéissance
qui s’élèvent souvent comme une digue
face au fleuve de l’amour de Dieu.
N’est-ce pas cette prière humble
qui attirera la grâce de Dieu
qui est riche en miséricorde ?

Le repentir fervent jailli de nos cœurs
nous rendra disponible à l’œuvre de Dieu
qui nous appelle aujourd’hui
par la voix de l’apôtre Paul
à être tous vraiment d’accord.
« Qu’il n’y ait pas de divisions entre vous, écrit l’apôtre,
soyez en parfaite harmonie
dans le même esprit et la même pensée (1 Co 1,10) »

Pourquoi ne pas demander à Dieu sa miséricorde
− par le sacrement de réconciliation en particulier −
pour nos divisions en nous-mêmes, en nos familles,
en nos communautés d’Église ?
Nos divisions sont un joug, une oppression
dont nous sommes coupables autant que victimes.
Avec les chrétiens de l’Orient à l’Occident
que s’élève l’humble murmure d’un joyeux repentir :
Kyrie Eleison,
Seigneur prends pitié,
Gospodi Possilui !

*

Nous avons contemplé le dessein de Dieu.
Nous avons demandé pardon.
Il nous faut demander la grâce de vivre
l’unité que le baptême nous a donnée.

« L’Église, écrit Jean-Paul II,
doit s’adresser avec ferveur à l’Esprit-Saint,
pour lui demander la grâce de l’unité des chrétiens.
L’unité est un don de l’Esprit-Saint » (op. cit. n° 34).

Nous avancerons sur le chemin de l’unité
si nous ouvrons nos cœurs, nos vies, notre histoire
au souffle déroutant de l’Esprit.
C’est l’Esprit qui nous donne cette qualité d’être,
cette assise spirituelle
qui fait que nous ne recevons plus l’autre
comme une menace ;
l’Esprit nous fait prendre le risque de l’autre.
Le risque de nous ouvrir à l’autre.

Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté,
cette liberté qui nous soustrait à l’empire du « monde »
qui prétend se sauver
en se divisant,
en se protégeant,
en se défendant.

L’Esprit ne suscite pas l’uniformité
que le vieil homme en nous viserait volontiers
comme un idéal rassurant au service du grand « moi ».
Au contraire l’Esprit suscite et consacre la diversité
accordant à chacun des dons divers
comme il veut (1 Co 12,11).
Oui, à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit
en vue du bien de tous (1 Co 12,7).
Nous ne sommes pas une collection d’individus
arbitrairement projetés dans un destin,
fruit du hasard ou de la nécessité.
Nous avons vocation à former,
dans le souffle de l’Esprit,
un corps unique, un corps uni dans l’amour.

Appelons l’Esprit, invoquons l’Esprit !
Tous abreuvés d’un même Esprit (cf 1 Co 12,13)
nous ferons route dans l’amour vers l’unité
humblement, fidèlement,
dans l’action de grâce pour chaque pas, même modeste.
L’Esprit qui scelle l’unité du Père et du Fils
scellera notre unité dans un débordement de joie.

*

Comme une mélodie à trois temps
la prière pour l’unité est donc
contemplation du Fils en sa gloire où il nous attire,
invocation de la miséricorde du Père pour nos divisions
et appel fervent de l’Esprit
qui façonne l’unité en nous et parmi nous.
Vivifiés par cette prière,
nos gestes, nos actes, nos paroles
servent davantage l’unité qui germera
en nous, en nos familles et dans l’Église.
 
Père Saint,
toi qui es un avec ton Fils
dans l’unité de l’Esprit-Saint,
tu veux nous faire partager
ta divine unité, ta divine communion.

Tu veux nous accueillir dans cette communion
où nous serons un avec ton Fils,
un les uns avec les autres,
et ensemble un avec toi.
Cela tu nous l’as donné en la Pâques de Jésus,
tu nous l’as donné dans notre baptême.

Nous sommes désormais au cœur de l’alliance.
Que vienne sur nous ton Esprit Saint
pour que cette alliance
s’accomplisse pleinement en nous.
Que vienne ton Règne.
Que vienne le Royaume qui est communion.
Que tu sois glorifié
par ton Fils s’unissant à nous.
Que ton Fils soit glorifié
par notre communion.
Que l’Esprit soit glorifié
par son embrasement d’Amour.
Amen. Alleluia.

 © Communion de Jérusalem - 4 mars 2008