sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Saint André, le premier appelé


  Vendredi 30 novembre 2007 - Saint André, apôtre du Seigneur - C
  Rm 10, 9-18 ; Ps 18 ; Mt 4, 18-22


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 



Pour vous parler de l’apôtre Saint André, je m’inspire d’une catéchèse donnée par le Pape Benoit XVI, en juin 2006 lors d’une audience générale du mercredi 1.

Saint André né à Bethsaïde, au nord du lac de Tibériade, habitait avec son frère Pierre à Capharnaüm et fut d'abord, comme saint Jean, un disciple de Jean-Baptiste.

En présentant cet apôtre, le Saint Père commence par souligner une première caractéristique qui frappe chez André : son nom : ce nom n’est pas juif, comme on pouvait s’y attendre, mais grec ; il y voit un signe non négligeable d’une certaine ouverture culturelle de sa famille. Nous sommes en Galilée, où la langue et la culture grecques sont assez présentes.

Quand on lit les Évangiles et les actes des Apôtres, nous remarquons qu’André occupe toujours les premières places dans la liste des Apôtres, soit la deuxième comme dans Matthieu (10, 1-4) et dans Luc (6, 13-16), ou bien la quatrième place comme dans Marc (3, 13-18) et dans les Actes (1, 13-14). Cela nous révèle qu’il jouissait certainement d’un grand prestige au sein des premières communautés chrétiennes.

L’Évangile de Mathieu et de Marc soulignent le lien de sang entre Pierre et André, ainsi que l’appel commun qui leur est adressé par Jésus. On y lit : « Comme il [Jésus] marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac : c’était des pêcheurs. Jésus leur dit : “Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes” » (Mt 4,18-19 ; Mc 1,16-17).

Dans le quatrième Évangile, nous trouvons un autre détail important : dans un premier temps, André était le disciple de Jean-Baptiste ; et cela nous montre que c’était un homme qui cherchait, qui partageait l’espérance d’Israël, qui voulait connaître de plus près la parole du Seigneur, la réalité du Seigneur présent. C’était vraiment un homme de foi et d’espérance ; et il entendit Jean-Baptiste un jour proclamer que Jésus était l’« Agneau de Dieu » (Jn 1,36) ; il se mit alors en marche et, avec un autre disciple qui n’est pas nommé, il suivit Jésus, Celui qui était appelé par Jean « Agneau de Dieu ». L’évangéliste rapporte : ils « virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1,37-39). André put donc profiter de précieux moments d’intimité avec Jésus.

Le récit se poursuit par une remarque significative : « André, le frère de Simon Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean-Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : “Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ)”. André amena son frère à Jésus » (Jn 1,40-43). Dès le début de sa découverte de Jésus, André manifeste tout de suite un esprit apostolique peu commun. André fut donc le premier des Apôtres à être appelé à suivre Jésus. C’est précisément sur cette base que la liturgie de l’Église byzantine l’honore par l’appellation de Protóclet, qui signifie précisément « premier appelé ».

Ici Benoît XVI fait remarquer que c’est « en raison du rapport fraternel entre Pierre et André que l’Église de Rome et l’Église de Constantinople se sentent de manière particulière Églises-sœurs. » Et il ajoute : « Pour souligner cette relation, le pape Paul VI, restitua en 1964 les nobles reliques de saint André, conservées jusqu’alors dans la Basilique vaticane, à l’évêque métropolite orthodoxe de la ville de Patras en Grèce, où selon la tradition, l’Apôtre fut crucifié. »

Nous retrouvons le nom d’André en trois autres occasions dans les évangiles, autant d’occasions qui nous font connaître un peu plus cet homme.

La première est celle de la multiplication des pains en Galilée. En cette circonstance, ce fut André qui signala à Jésus la présence d’un enfant avec cinq pains d’orge et deux poissons, bien peu de chose – remarqua-t-il – pour toutes les personnes réunies en ce lieu (cf. Jn 6,8-9). Le réalisme d’André en cette occasion mérite d’être souligné ; il avait remarqué l’enfant. Il avait donc déjà posé la question : « Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » (ibid.), et il se rendit compte de l’insuffisance de ses maigres réserves. Jésus sut toutefois les faire suffire pour la multitude de personnes venues l’écouter.

La deuxième occasion fut à Jérusalem. En sortant de la ville, un disciple fit remarquer à Jésus le spectacle des murs puissants qui soutenaient le Temple. La réponse du Maître fut surprenante : il lui dit que de ces murs, il ne restera pas pierre sur pierre. André l’interrogea alors, avec Pierre, Jacques et Jean : « Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe que tout cela va finir » (Mc 13,1-4). Pour répondre à cette question, Jésus prononça un discours important sur la destruction de Jérusalem et sur la fin du monde, en invitant ses disciples à lire avec attention les signes des temps et à rester toujours vigilants. Nous pouvons déduire de l’épisode que nous ne devons pas craindre de poser des questions à Jésus, mais que dans le même temps, nous devons être prêts à accueillir les enseignements, même surprenants et difficiles, qu’Il nous offre.

Une troisième initiative d’André nous est rapportée dans les Évangiles. Le cadre est encore Jérusalem, peu avant la Passion. Pour la fête de Pâques – raconte Jean – quelques Grecs étaient eux aussi venus dans la Ville Sainte, probablement des prosélytes ou des hommes craignant Dieu, venus pour adorer le Dieu d’Israël en la Fête de la Pâque. André et Philippe, les deux Apôtres aux noms grecs, servent d’interprètes et de médiateurs à ce petit groupe de Grecs auprès de Jésus. La réponse du Seigneur à leur question apparaît – comme souvent dans l’Évangile de Jean – énigmatique, mais précisément ainsi, elle se révèle riche de signification. Jésus dit aux deux disciples et, par leur intermédiaire, au monde grec : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits » (Jn 12,23-24). Que signifient ces paroles dans ce contexte ? Jésus veut dire : Oui, la rencontre entre moi et les Grecs aura lieu, mais pas comme un simple et bref entretien entre moi et quelques personnes, poussées avant tout par la curiosité. Avec ma mort, comparable à la chute en terre d’un grain de blé, viendra l’heure de ma glorification. De ma mort sur la croix proviendra la grande fécondité : le « grain de blé mort » –symbole de ma crucifixion – deviendra dans la résurrection Pain de Vie pour le monde ; elle sera Lumière pour les peuples et les cultures. Oui, la rencontre avec l’âme grecque, avec le monde grec, se réalisera à ce niveau auquel fait allusion l’épisode du grain de blé qui attire à Lui les forces de la Terre et du Ciel et qui devient Pain. En d’autres termes, Jésus prophétise l’Église des Grecs, l’Église des païens, l’Église du monde comme fruit de sa Pâque.

Des traditions très antiques voient André, comme l’apôtre des Grecs dans les années qui suivirent la Pentecôte ; elles nous font savoir qu’au cours du reste de sa vie il fut l’annonciateur et l’interprète de Jésus dans le monde grec. Pierre, son frère, de Jérusalem en passant par Antioche, parvint à Rome pour y exercer sa mission universelle ; André fut en revanche l’Apôtre du monde grec : ils apparaissent ainsi de véritables frères dans la vie comme dans la mort, une fraternité qui s’exprime symboliquement dans la relation spéciale des Sièges de Rome et de Constantinople, des Églises véritablement sœurs.

La tradition raconte qu’André est mort à Patras, où il subit lui aussi, comme Pierre le supplice de la crucifixion. Cependant, dit la tradition, au moment suprême, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il s’agit d’une croix en forme de X qui fut donc appelée « croix de saint André ».
Que l’apôtre André nous enseigne donc à suivre Jésus avec promptitude (cf. Mt 4,20 ; Mc 1,18), à parler avec enthousiasme de Lui à ceux que nous rencontrons, et surtout à cultiver avec Lui une relation véritablement familière, bien conscients que ce n’est qu’en Lui que nous pouvons trouver le sens ultime de notre vie et de notre mort.

______

1. © Copyright du texte original en italien : Libreria editrice vaticana Traduction réalisée par Zenit


 © Communion de Jérusalem - 19 décembre 2007