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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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La justice surabondante
Vendredi 15 février 2008 - 2e Semaine de Carême- A
Éz 18, 21-28 ; Ps 129 ; Mt 5, 17-34
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
Il est fréquent d'entendre des réflexions du genre :
« il n'y a pas de justice. » « Les plus riches et les
plus forts s'en tirent sans peine avec la justice. » «
Notre système judiciaire est davantage au service
d'intérêts privés qu'au service de la
vérité, du droit et de la justice. »
D'autre part, les médias rapportent de plus en plus
fréquemment des exemples de citoyens qui se font justice
eux-mêmes ou des témoignages de victimes d'injustices qui
n'acceptent pas les sentences des juges.
Dans ce monde où la justice est si souvent bafouée, nous
sommes invités à accueillir le Seigneur Jésus,
celui qui accomplit toute justice. Il nous offre aujourd'hui encore de
vivre, grâce à son Esprit répandu en nous, une
justice surabondante, la justice du Royaume, Sagesse de Dieu et folie
pour les hommes.
« Moi je vous
dis… »
Jésus présente la justice nouvelle, celle qui fait entrer
dans le Royaume, dans la joie de Dieu, à partir de son
expérience. « On vous a dit…. Moi, je vous dis... »
Il apparait dans l'Évangile d'aujourd'hui comme celui qui a
découvert dans son expérience et dans son être une
autorité qui lui permet d'inviter ses concitoyens à aller
jusqu'au bout de la Loi reçue de Moise ; il les invite à
dépasser la casuistique, cette pieuvre qui étouffe la
vie, pour vivre la justice surabondante qui fait entrer dans le Royaume
de la liberté.
Conscient de la venue amoureuse de Dieu parmi les hommes, il se voit et
il voit les hommes en relation d'intimité familière et
familiale avec Dieu, au point que lui et chaque homme peuvent appeler
Dieu « Abba », c'est-à-dire « papa ».
Or, un enfant ne répond pas à l'amour inconditionnel de
son père à travers les méandres d'une casuistique
ou d'un code moral. Répondre comme un fils à l'amour du
Père, c'est se dépasser sans cesse, dépasser
aujourd'hui la réponse d'hier. Jésus n'appelle donc plus
l'homme au simple respect de la Loi mais au dépassement dans
l'amour et donc à un dépassement de lui-même,
libre, mais jamais parvenu à son terme. Tel est le
caractère révolutionnaire de la justice de Jésus.
Une justice
surabondante
Jésus ne fait pas seulement qu'inviter à une justice qui
surabonde plus que celle des scribes et des pharisiens. Il en
témoigne par toute sa vie et sa mort. Il ne vient pas abolir la
Loi mais l'accomplir pleinement, c'est-à-dire il vient
l'étendre et l'élargir aux dimensions du cœur de Dieu.
Matthieu a retenu quelques exemples de dépassement,
d'accomplissement de la Loi proposés par Jésus. Ces
exemples montrent le chemin d'un dépassement sans fin dans
l'amour.
Un premier exemple d'accomplissement touche les relations entre les
hommes, tous frères et fils d'un même Père. Elles
sont vraies et sincères non seulement quand nous évitons
les coups qui blessent et tuent mais encore quand nous évacuons
l'aigreur et l'animosité, la colère de notre cœur (vs
21-22). Jésus avait observé la dure
réalité. Si le mal n'est pas freiné,
attaqué, éradiqué à la racine, il va
grandir, s'étendre, proliférer.
Ainsi la colère ressentie et consentie poussera à
l'insulte ; l'insulte proférée provoquera aura sans doute
une riposte. Alors la colère amplifiée, lancera la
malédiction. Et la malédiction, une fois lancée,
conduira peut-être à l'affrontement irréparable !
Que sert alors de punir le meurtre ? Il eut été
préférable de l'éviter !
En d'autres termes, aux yeux de Jésus, il ne suffit pas de
limiter les grandes conséquences du mal ; il faut
l'empêcher de s'étendre en visant d'abord à la
conversion profonde du cœur, des lèvres et de l'intention.
Et la loi inscrite au fond du cœur est celle de l’amour. Devant la
colère ressentie, l’amour commence par refaire le calme, la paix
dans le cœur, par retrouver la bienveillance et la bonté envers
l’autre. Cela est si vrai et si important aux yeux de Jésus que,
même la prière, même l'offrande à l'autel,
même l'adoration liturgique au cœur du temple, passent
après cette priorité absolue de la charité. Va
d'abord te réconcilier avec ton frère ! (Mt 5,24). Cela
revient en clair, à dire qu'il faut tout mettre en œuvre pour
aimer. Et que la contemplation elle-même est ordonnée
au premier commandement qui reste à jamais celui de
l'amour de charité.
Et Jésus donne d’autres exemples de dépassement dans
l’amour, ceux qui recommandent de ne pas tenir tête au
méchant, non seulement en ne répondant pas à la
violence par la violence, mais encore en ne se défendant pas aux
moyens de procédure légale.
Quelle sagesse ou
folie ?
Ce dépassement dans l'amour a été
vécu par Jésus et les premiers chrétiens ; ils ont
été persécutés pour cette justice. Ils ont
scandalisé‚ les bien-pensants de leur temps ; ils ont
passé pour des êtres amoraux. Leur manière de vivre
était sagesse de Dieu mais folie pour les hommes. Les saints de
tous les temps font toujours scandale. Regardons St François
d'Assise, St Vincent-de-Paul. Ils ont dépassé les bonnes
convenances et les normes établies de l'époque. Ils
goûtaient au bonheur de Dieu.
À nous de
choisir
Jusqu'à tout récemment, la morale chrétienne
était redevenue, pour la majorité des chrétiens,
un code qui remplaçait l'appel créateur au
dépassement. Tous connaissaient par cœur les dix commandements
mais la plupart ignoraient les Béatitudes. Avec le temps,
on avait substitué à l'appel au
dépassement, la sécurité des réponses
toutes faites appliquées pour tous. Mais depuis le Concile,
l'Église entière se sent appelée par l'Esprit
Créateur à reprendre la route des Béatitudes et
à se libérer de la casuistique sécuritaire. Le
Seigneur met devant elle l'Eau et le Feu, la vie et la mort. À
chacun de choisir. La célébration de l'Eucharistie offre
l'occasion et le force de l'Esprit pour choisir la VIE.
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©
Communion de Jérusalem - 17 mars 2008
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