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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Revêtir l’homme nouveau

  Mercredi 6 février 2008 - Mercredi des Cendres
  Jl 2, 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5, 20 – 6,2 ; Mt 6, 1-6.16-18

  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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40 jours.
40 jours orientés à la conversion.

Mais pourquoi se convertir ?
Pourquoi se remettre encore à l’ouvrage ?

Nous pourrions énumérer bien des réponses.
Je m’en tiendrai ce soir à une seule
que nous donne l’apôtre Paul quand il s’exprime ainsi :
« Nous vous invitons encore
à ne pas laisser sans effet
la grâce reçue de Dieu (2 Co 6,1) ».
Ne pas laisser sans effet la grâce que nous avons reçue,
ne pas recevoir en vain la grâce,
qu’est-ce que cela veut dire ?

Il faut remonter un peu plus haut
dans la deuxième lettre aux Corinthiens
pour comprendre que la grâce reçue de Dieu,
la grâce que nous tous baptisés nous avons reçue,
c’est d’appartenir à la nouvelle création :
« Si quelqu’un est dans le Christ,
c’est une création nouvelle.
L’être ancien a disparu,
un être nouveau est là (2 Co 5,17) ».

Pourquoi nous convertir ?
Parce que nous sommes des créatures nouvelles
et que nous en vivons si peu.
Pourquoi nous convertir ?
Pour ne plus recevoir en vain la grâce de Dieu !

Frères et sœurs, nous ignorons trop
les richesses de grâce de notre baptême,
de la foi, du don du Saint Esprit, de l’Église.
Nous en vivons trop peu.
Oui, pourquoi employer encore nos vieilles outres
qui toujours éclatent
et nous font perdre la joie,
alors que nous avons
des outres neuves à notre disposition ? (cf Mc 2,22)

Pourquoi nous acharner à repriser notre vieux manteau
quand un vêtement nouveau nous a été donné ? (cf id., 21)

« Si tu savais le don de Dieu (Jn 4,10) ! »
Le don de Dieu qui est où ?
Qui est en toi !
Qui est en chaque baptisé !

Il faudrait que nous en venions à pouvoir affirmer
comme Saint Paul ;
« C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis,
et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile (1 Co 15,10) ».

Qu’aucun de nous se présente
au jour du jugement en disant :
« Seigneur, ‘pris de peur,
je suis allé enfouir [ta grâce] dans la terre,
la voici, tu as ton bien » (cf Mt 25,25)

Non !
Nous ne voulons pas recevoir en vain la grâce de Dieu.
Nous voulons devenir ce que nous sommes :
des créatures nouvelles.
Souvenons-nous de ce que Paul dit
aux chrétiens de la ville de Colosses :
« Vous vous êtes dépouillés
du vieil homme avec ses agissements,
et vous avez revêtu le nouveau,
celui qui s’achemine vers la vraie connaissance
en se renouvelant à l’image de son Créateur (Col 3, 9-10) ».

Paul dit cela des chrétiens de Colosses :
« Vous vous êtes dépouillés, vous avez revêtu… »
Est-ce qu’il peut le dire de nous, de toi, de moi ?

S’il ne peut le dire, alors,
il s’adresse à nous avec les mêmes paroles
que jadis aux chrétiens d’Éphèse :

17    Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement
18    et leurs pensées enténébrées : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l'ignorance qu'a entraînée chez eux l'endurcissement du cœur,
19    et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d'impureté.
20    Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ,
21    si du moins vous l'avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus,
22    à savoir qu'il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes,
23    pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement
24    et revêtir l'Homme nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité.

                        *

Revêtir l’homme nouveau…
Oui, mais comment y parvenir.

Frères et sœurs, parce que nous ne voulons pas
nous complaire dans de pieuses intentions
qui restent sans effet,
il nous faut être avisés, être ingénieux
et nous aider de trois alliés
dont le soutien sera très précieux au service de notre conversion:
notre corps, nos biens et notre temps.
Et là nous rejoignons les trois appels de Jésus
dans l’évangile d’aujourd’hui.

Le premier appel,
nous allons le vivre
en nous servant de notre corps :
Jésus nous appelle à jeûner
et à nous parfumer le visage.

Nous allons jeûner. Pourquoi ?
La raison est simple.
Si nous jeûnons des nourritures et des plaisirs inutiles
auxquels nous sommes attachés,
nous allons être mis en contact avec notre faiblesse,
et nous allons découvrir
les stratégies du vieil homme en nous.
Et c’est là que nous pourrons alors,
pressés par le repentir et les larmes du cœur,
nous jeter dans les bras de Dieu,
nous jeter dans le cœur du Christ.
Et c’est ainsi que nous devenons
la créature nouvelle que nous sommes.

Seigneur, à quel jeûne m’appelles-tu en ce Carême,
toi qui me connais et veut me sauver ?
Devrais-je jeûner de sucreries, d’internet, de jeux vidéo,
de ‘chat’, de télévision, de lectures,
de sensualité, d’alcool, de jasettes…


Le deuxième appel de Jésus
nous allons le vivre avec notre corps et notre temps :
c’est l’appel à prier
en fermant bien la porte de la vaine gloire.

Prier.
Prier parce que l’homme nouveau
ne peut vivre sans oxygène,
et que son oxygène est la prière.
Enlevez-lui l’oxygène et il s’essouffle et s’éteint.

Oui, nous avons besoin, tous,
de retrouver dans le silence le cœur de Dieu
afin de nous laisser revêtir à nouveau
de la grâce,
de la vie,
de la joie de Dieu.

On ne peut se laisser revêtir
si on ne cesse de gigoter et de s’agiter.
Il nous faut nous arrêter
et consacrer du temps à la prière.
Si cela nous est impossible,
cela signifie que notre vie est profondément désordonnée
et que Dieu est devenu pour nous un accessoire.

En ce Carême, retrouvons le chemin de la prière.
Je vous propose
comme engagement minimal pour ces quarante jours,
de prier chaque matin, chez-vous ou dans une église,
en famille si possible,
la prière des Laudes :
Les psaumes des Laudes lus paisiblement ;
l’évangile du jour suivi d’un moment de silence ;
le Cantique de Zacharie;
un temps d’intercession
et le Notre Père.


Il reste alors le troisième appel
où nous allons nous aider
non seulement de notre corps et de notre temps,
mais aussi de nos biens.
Oui, nos biens matériels vont nous aider !
Il s’agit de l’aumône.

Là, je vous recommande de lire et de méditer
le message du Pape pour le Carême.
Il nous dit en particulier ceci :
« L’aumône est une manière concrète
de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin
et, en même temps, un exercice ascétique
pour se libérer de l’attachement aux biens terrestres.
Combien forte est l’attirance des richesses matérielles,
et combien doit être ferme
notre décision de ne pas l’idolâtrer !
Aussi Jésus affirme-t-il d’une manière péremptoire :
« Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ! (Lc 16,13) ».

L’aumône nous aide à vaincre cette tentation permanente :
elle nous apprend à aller
à la rencontre des besoins de notre prochain
et à partager avec les autres
ce que par grâce divine, nous possédons ».

Et le pape écrit encore,
plus loin dans cette magnifique lettre :
« La pratique quadragésimale de l’aumône
devient un moyen
pour approfondir notre vocation chrétienne.
Quand il s’offre gratuitement lui-même,
le chrétien témoigne que c’est l’amour
et non la richesse matérielle
qui dicte les lois de l’existence. »
Frères et sœurs,
lisez cette lettre personnellement et en famille
et voyez quels gestes concrets
le Seigneur vous appelle à poser en ce Carême.
C’est ainsi que nous revêtirons
très concrètement l’homme nouveau
qui ne se laisse pas dominer
par les richesses matérielles.

Oui, même nos biens vont nous aider
à devenir des créatures nouvelles !


Pourquoi se convertir ?
Pour devenir ce que nous sommes :
des créatures nouvelles toutes de beauté et de sainteté !

Pourquoi se convertir ?
Parce que Dieu est tendre et miséricordieux,
lent à la colère et plein d’amour,
renonçant au châtiment (Jon 4,2)
et qu’il n’y a pas de plus grand joie
que de revenir à Dieu.

Alors, ce soir, commençons par reconnaître
que nous avons besoin de conversion :

Oui, le vieil homme
est trop présent et agissant dans ma vie.

Oui, que l’Église m’impose des cendres sur mon front.
C’est juste. C’est vrai !
J’ai besoin de me convertir. C’est urgent.
Et que l’Église me redise :
« Convertis-toi », c'est-à-dire
crois à l’Évangile ;
crois en la grâce qui est en toi ;
crois en la Miséricorde divine !


 © Communion de Jérusalem - 12 mars 2008