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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Un regard qui transforme la vie


  Vendredi 21 septembre 2007 - Saint Matthieu - C
 
Ep 4, 1-7.11-13 ; Ps 18 ; Mt 9, 9-13

  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Jésus sortant de Capharnaüm vît un homme du nom de Matthieu (Mt 9,9).

Ce soir nous allons contempler ce regard de réconciliation de Jésus pour Lévi et nous émerveiller de sa puissance de transformation, puissance de transformation qu’il opère encore aujourd’hui sur nous.

En méditant l’évangile de ce soir, je me suis représenté Matthieu le lendemain de son repas d’adieu à ses amis après avoir été touché par le regard et l’appel de Jésus. Je me suis transporté par l’imagination devant sa maison et je le voyais, son baluchon sur l’épaule, prêt à suivre Jésus et me racontant comment sa rencontre avec Jésus était en train de bouleverser sa vie. Écoutons ce qu’il a à nous dire

« Hier, j’étais assis derrière ma table de collecteur d’impôts. Je me sentais en sécurité assis derrière cette table et j’y trouvais ma défense contre les critiques que je pouvais lire dans les yeux de ceux qui passaient devant moi.
« Assis donc, comme d'habitude, derrière cette table, je regardais la liste des noms des personnes qui avaient fait la queue pour me payer, quand, tout à coup, levant les yeux pour passer au suivant, j'ai vu un galiléen, nommé Jésus, debout devant moi qui me regardait.

« J'ai d'abord été surpris de sa façon de me regarder. J'étais habitué à voir du reproche et du dégoût dans les yeux de tout le monde, tandis que lui me regardait de façon directe et accueillante, ce qui a fait tomber mes défenses et supprimer toute distance.

« J’ai d’abord pensé qu'il allait me reprocher d'être de ceux qui collaborent avec les romains et qui exploitent les pauvres gens mais, au lieu de cela, j'ai entendu avec étonnement : “Lévi, tu as un trésor au fond de toi. Tu as besoin de moi pour le découvrir. Veux-tu venir avec moi ? ”

« Moi, aller avec lui ! Se rendait-il compte de ce qu'il me proposait ? J’en ai eu le souffle coupé. J'ai mis du temps à lui répondre, mais lui ne semblait pas pressé et il s'est mis à parler avec ceux qui attendaient leur tour pour me payer.

« Je n'arrive pas à m'expliquer comment j’ai pris la décision de répondre à son invitation, mais, ce qui est sûr, c'est que j'ai déchiré ma liste de débiteurs et que j'ai ramassé maladroitement les pièces de monnaie qui se trouvaient sur la table.

« Dans ma folie, je les ai déposées sur le manteau d'un mendiant, qui se trouvait tout proche de là où je travaillais, et je me suis levé pour rejoindre Jésus, qui n'a pas semblé surpris de me voir à ses côtés.

« Je l'ai accompagné silencieusement jusque dans la maison, où on lui avait donné l'hospitalité. Sans bien savoir pourquoi, je lui ai proposé de venir manger le soir chez moi, pour prendre congé de mes amis et liquider mon affaire, afin de le suivre. Dans le fond, je crois que je l'ai fait pour me prouver l'impression que j'avais, que pour lui ne comptait aucune des distinctions qui créent classifications et séparations entre nous. Et j'en ai eu la confirmation ce soir même, avant le repas, quand je l'ai vu assis avec toute la racaille de Jérusalem : d'autres collecteurs d’impôts des soldats romains, des commerçants de toutes les classes sociales, quelques femmes de réputation douteuse, des changeurs, des trafiquants et quelques ivrognes.

« Jésus participait à l'allégresse générale, au fur et à mesure que circulait du bon vin que j'avais sorti de ma cave. Pourtant, les invités ont senti que quelque chose d’autre les enivrait plus que le vin : être là, autour de Jésus, déposer le fardeau du “personnage” que chacun de nous portait sur le dos et qui nous empêchait de faire l'expérience de la liberté, de n'être contraint par aucune hiérarchie sociale, religieuse ou économique, ni par des normes de pureté ou de légalité. On avait l’impression que quelque chose d’absolument nouveau était en train de commencer.

« Pendant le dessert, Jésus s'est mis à raconter l'histoire d'un homme qui avait cent brebis et qui, avant de les ramener à la bergerie lors d'une nuit d'orage, les a comptées et s'est rendu compte qu'il en avait perdu une. Il est ressorti, pendant l'orage, pour aller à sa recherche. Il l'a cherchée longtemps, sans en trouver la moindre trace. Au point du jour, il a entendu son bêlement au fond d'un ravin où elle était tombée et restée prisonnière d'un buisson. Il est descendu en hâte et content, l'a prise sur ses épaules. De retour, il a invité ses voisins pour partager sa joie et leur a dit : “Réjouissez-vous avec moi ! J'ai retrouvé la brebis que j'avais perdue.” À la fin de l'histoire, il a conclu en disant : “Dieu, votre Père, est comme cela ; il se réjouit quand il retrouve un de ses fils perdus”.

« Un des invités, qui avait été pendant un certain temps le disciple d'un rabbin et qui connaissait l'histoire, a corrigé Jésus : “Tu n'as pas dit que la brebis perdue était la meilleure du troupeau et que c'est pour cela que le berger l'a recherchée avec autant d'ardeur.”

« Jésus a répondu : “Non ! Les choses pour Dieu ne sont pas comme ça. Pour lui, personne n'a besoin d'avoir des mérites ou des qualités pour être aimé. L'amour de Dieu est comme celui d'une mère qui, parmi ses enfants, préfère le plus petit jusqu'à ce qu'il grandisse, le malade jusqu'à ce qu'il soit guéri, celui qui est en voyage jusqu'à ce qu'il soit de retour”. »

Et Matthieu continua : « C'était une façon de parler totalement opposée à tout ce que nous avions souvent entendu, lorsque nous allions à la synagogue et que nous entendions dire que Dieu préfère les justes et rejette les pécheurs. Nous nous sommes dit que nous étions face à une nouvelle façon d’interpréter la vie, la loi, les traditions, la relation avec Dieu et le futur de notre peuple. »

Ce soir, Jésus nous regarde comme il a regardé Lévi. Nous avons parfois l’impression d’être comme Lévi, prisonnier du regard méprisant des autres, du milieu et nous cherchons notre sécurité dans notre statut, notre travail ou notre diplôme. Nous sommes invités à accueillir le regard de Jésus sur nous. Il ne s’arrête pas à nos défauts mais il voit en nous des possibilités cachées et il nous appelle pour faire de nous de meilleurs disciples. Faisons-Lui confiance comme l’a fait Lévi et réjouissons nous du regard de Jésus qui peut continuer à transfigurer notre vie.


 © Communion de Jérusalem - 2 octobre 2007