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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Un regard qui transforme la vie
Vendredi 21 septembre 2007 - Saint Matthieu - C
Ep 4, 1-7.11-13 ; Ps
18 ; Mt 9, 9-13
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
Jésus sortant de Capharnaüm
vît un homme du nom de Matthieu (Mt 9,9).
Ce soir nous allons contempler ce regard de réconciliation de
Jésus pour Lévi et nous émerveiller de sa
puissance de transformation, puissance de transformation qu’il
opère encore aujourd’hui sur nous.
En méditant l’évangile de ce soir, je me suis
représenté Matthieu le lendemain de son repas d’adieu
à ses amis après avoir été touché
par le regard et l’appel de Jésus. Je me suis transporté
par l’imagination devant sa maison et je le voyais, son baluchon sur
l’épaule, prêt à suivre Jésus et me
racontant comment sa rencontre avec Jésus était en train
de bouleverser sa vie. Écoutons ce qu’il a à nous dire
« Hier, j’étais assis derrière ma table de
collecteur d’impôts. Je me sentais en sécurité
assis derrière cette table et j’y trouvais ma défense
contre les critiques que je pouvais lire dans les yeux de ceux qui
passaient devant moi.
« Assis donc, comme d'habitude, derrière cette table, je
regardais la liste des noms des personnes qui avaient fait la queue
pour me payer, quand, tout à coup, levant les yeux pour passer
au suivant, j'ai vu un galiléen, nommé Jésus,
debout devant moi qui me regardait.
« J'ai d'abord été surpris de sa façon de me
regarder. J'étais habitué à voir du reproche et du
dégoût dans les yeux de tout le monde, tandis que lui me
regardait de façon directe et accueillante, ce qui a fait tomber
mes défenses et supprimer toute distance.
« J’ai d’abord pensé qu'il allait me reprocher
d'être de ceux qui collaborent avec les romains et qui exploitent
les pauvres gens mais, au lieu de cela, j'ai entendu avec
étonnement : “Lévi, tu as un trésor au fond de
toi. Tu as besoin de moi pour le découvrir. Veux-tu venir avec
moi ? ”
« Moi, aller avec lui ! Se rendait-il compte de ce qu'il me
proposait ? J’en ai eu le souffle coupé. J'ai mis du temps
à lui répondre, mais lui ne semblait pas pressé et
il s'est mis à parler avec ceux qui attendaient leur tour pour
me payer.
« Je n'arrive pas à m'expliquer comment j’ai pris la
décision de répondre à son invitation, mais, ce
qui est sûr, c'est que j'ai déchiré ma liste de
débiteurs et que j'ai ramassé maladroitement les
pièces de monnaie qui se trouvaient sur la table.
« Dans ma folie, je les ai déposées sur le manteau
d'un mendiant, qui se trouvait tout proche de là où je
travaillais, et je me suis levé pour rejoindre Jésus, qui
n'a pas semblé surpris de me voir à ses
côtés.
« Je l'ai accompagné silencieusement jusque dans la
maison, où on lui avait donné l'hospitalité. Sans
bien savoir pourquoi, je lui ai proposé de venir manger le soir
chez moi, pour prendre congé de mes amis et liquider mon
affaire, afin de le suivre. Dans le fond, je crois que je l'ai fait
pour me prouver l'impression que j'avais, que pour lui ne comptait
aucune des distinctions qui créent classifications et
séparations entre nous. Et j'en ai eu la confirmation ce soir
même, avant le repas, quand je l'ai vu assis avec toute la
racaille de Jérusalem : d'autres collecteurs d’impôts des
soldats romains, des commerçants de toutes les classes sociales,
quelques femmes de réputation douteuse, des changeurs, des
trafiquants et quelques ivrognes.
« Jésus participait à l'allégresse
générale, au fur et à mesure que circulait du bon
vin que j'avais sorti de ma cave. Pourtant, les invités ont
senti que quelque chose d’autre les enivrait plus que le vin :
être là, autour de Jésus, déposer le fardeau
du “personnage” que chacun de nous portait sur le dos et qui nous
empêchait de faire l'expérience de la liberté, de
n'être contraint par aucune hiérarchie sociale, religieuse
ou économique, ni par des normes de pureté ou de
légalité. On avait l’impression que quelque chose
d’absolument nouveau était en train de commencer.
« Pendant le dessert, Jésus s'est mis à raconter
l'histoire d'un homme qui avait cent brebis et qui, avant de les
ramener à la bergerie lors d'une nuit d'orage, les a
comptées et s'est rendu compte qu'il en avait perdu une. Il est
ressorti, pendant l'orage, pour aller à sa recherche. Il l'a
cherchée longtemps, sans en trouver la moindre trace. Au point
du jour, il a entendu son bêlement au fond d'un ravin où
elle était tombée et restée prisonnière
d'un buisson. Il est descendu en hâte et content, l'a prise sur
ses épaules. De retour, il a invité ses voisins pour
partager sa joie et leur a dit : “Réjouissez-vous avec moi !
J'ai retrouvé la brebis que j'avais perdue.” À la fin de
l'histoire, il a conclu en disant : “Dieu, votre Père, est comme
cela ; il se réjouit quand il retrouve un de ses fils perdus”.
« Un des invités, qui avait été pendant un
certain temps le disciple d'un rabbin et qui connaissait l'histoire, a
corrigé Jésus : “Tu n'as pas dit que la brebis perdue
était la meilleure du troupeau et que c'est pour cela que le
berger l'a recherchée avec autant d'ardeur.”
« Jésus a répondu : “Non ! Les choses pour Dieu ne
sont pas comme ça. Pour lui, personne n'a besoin d'avoir des
mérites ou des qualités pour être aimé.
L'amour de Dieu est comme celui d'une mère qui, parmi ses
enfants, préfère le plus petit jusqu'à ce qu'il
grandisse, le malade jusqu'à ce qu'il soit guéri, celui
qui est en voyage jusqu'à ce qu'il soit de retour”. »
Et Matthieu continua : « C'était une façon de
parler totalement opposée à tout ce que nous avions
souvent entendu, lorsque nous allions à la synagogue et que nous
entendions dire que Dieu préfère les justes et rejette
les pécheurs. Nous nous sommes dit que nous étions face
à une nouvelle façon d’interpréter la vie, la loi,
les traditions, la relation avec Dieu et le futur de notre peuple.
»
Ce soir, Jésus nous regarde comme il a regardé
Lévi. Nous avons parfois l’impression d’être comme
Lévi, prisonnier du regard méprisant des autres, du
milieu et nous cherchons notre sécurité dans notre
statut, notre travail ou notre diplôme. Nous sommes
invités à accueillir le regard de Jésus sur nous.
Il ne s’arrête pas à nos défauts mais il voit en
nous des possibilités cachées et il nous appelle pour
faire de nous de meilleurs disciples. Faisons-Lui confiance comme l’a
fait Lévi et réjouissons nous du regard de Jésus
qui peut continuer à transfigurer notre vie.
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©
Communion de Jérusalem - 2 octobre
2007
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