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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Le jeûne qui plait au Seigneur
Vendredi 8 février 2008 - 1e Semaine de Carême - A
Is 58, 1-9a ; Ps 50 ; Mt 9, 14-15
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
Dans l’évangile de ce soir, nous revenons sur la pratique du
jeûne. Elle semble poser problème aux disciples de Jean.
Et, admettons-le elle ne va pas de soi pour nous non plus. De nos
jours, le jeûne – au sens de se priver de nourriture – est devenu
une pratique ambigüe. Nous sommes invités, nous
catholiques, à pratiquer ce genre de jeûne le mercredi des
Cendres et le Vendredi Saint. Est-ce suffisant ? « Quel est
le jeûne qui plait à Dieu ? » nous demande
Isaïe aujourd’hui ?
Au temps de Jésus, les gens ne connaissaient que le jeûne
religieux. Aujourd’hui, il y a plusieurs sortes de jeûne.
Des personnes jeûnent pour défendre une cause politique ou
sociale : on fait des grèves de la faim. D’autres personnes
s’abstiennent de toute viande au nom d’une certaine idée de
l’alimentation : c’est le jeûne végétarien.
D’autres se privent de nourriture par peur d’engraisser au point de
mettre leur vie en danger : c’est le jeûne pathologique,
l’anorexie. D’autres se donnent des régimes minceurs pour garder
la ligne.
Nous voyons facilement que ces jeûnes-là n’ont en soi rien
à voir avec le jeûne enseigné par la Bible et par
Jésus.
Dans la Bible, le jeûne – privation de nourriture - est en soi
une bonne chose. Il est recommandé pour traduire le désir
de se rapprocher de Dieu, la reconnaissance de ses
péchés, la résistance aux désirs de la
chair, la sollicitude et la solidarité avec les pauvres.
Cependant comme toutes les réalités humaines, sa pratique
peut connaître des déviances.
− On peut tomber dans le piège de l’hypocrisie
comme le souligne le prophète Isaïe dans la première
lecture : on peut se mortifier tout en continuant de traiter durement
son prochain, alors que le jeûne qui plaît au Seigneur,
c’est le partage, le soin des démunis.
− On peut aussi tomber dans le piège de la
vanité, comme le pharisien dans le temple : « Je
jeûne deux fois par semaine (Lc 18,12) » ; on jeûne
en se donnant une mine défaite pour se donner en spectacle,
alors que le jeûne n’a pas à être connu des hommes
mais seulement de Dieu le Père qui voit dans le secret.
Jésus dira même : « Quand tu jeûnes,
parfume-toi la tête (Mt 6,17) ».
Devant les disciples de Jean-Baptiste, Jésus ne nie pas la
pratique du jeûne en tant que privation de nourriture. Cependant,
il la renouvelle en la situant par rapport à sa propre
présence.
« Un temps viendra où l’Époux leur sera
enlevé et alors ils jeûneront. (Mt 9,15) »
Il laisse entendre ainsi que le jeûne n’est pas d’abord une
question de privation alimentaire. Pour lui, la pratique du jeûne
est toujours une façon de creuser notre désir de nous
rapprocher de Dieu mais en accordant une attention particulière
à celui ou celle qui traverses des épreuves :
− tu te rapproches de Dieu en te rapprochant de ton
frère ou de ta sœur qui souffre.
Pour lui, le vrai jeûne, ce n’est pas de se priver de nourriture
pour faire plaisir à Dieu mais c’est d’aider la personne dans le
besoin comme l’affamé, le sans-logement, ou le
sans-vêtement, l’oublié ou le rejeté et ainsi
partager la joie de Dieu.
Quand nous aidons un malheureux, non pas pour nous en
débarrasser mais vraiment parce que nous nous intéressons
à lui, quand nous lui parlons, nous lui donnons du temps et un
peu de notre cœur, nous faisons ce qui plaît à Dieu parce
que nous aimons comme lui.
Notre époque ne manque pas d’occasion de nous engager dans un
domaine ou l’autre afin d’aider ceux et celles qui souffrent et de
contribuer au mieux-être collectif.
− Renoncer à des acquis pour appuyer une cause
humanitaire, n’est-ce pas une forme de jeûne ?
− Renoncer à l’accumulation de biens pour
vivre la simplicité volontaire, n’est-ce pas une autre forme de
jeûne ?
− Et, du point de vue écologique, n’est-ce pas
jeûner que d’éviter la surexploitation des ressources, la
consommation à outrance ? Ce type de jeûne nous aide
à ne pas nous laisser réduire à être de purs
« consommateurs » ; il nous aide à acquérir
la maîtrise de soi, Il nous tourne davantage vers les
réalités d’en haut et nous rend plus attentifs aux
besoins des pauvres.
− Dans le domaine social, ne jeûne-t-on pas
quand on participe au développement, à l’éducation
des enfants, des jeunes ?
− Ne jeûne-t-on pas quand on se prive de
soirée de télévision ou de cinéma pour
s’engager dans des projets communautaires, dans du
bénévolat ?
− Au plan personnel, ne jeûne-t-on pas quand
nous décidons de travailler sur nous-mêmes pour identifier
nos chaines, nos blocages, ce qui nous empêche d’aimer plus, de
pardonner ?
En d’autres termes, tous ce qui constitue un choix pour la vie, pour
l’amélioration de la qualité de la vie, est une forme de
jeûne, une façon de faire la joie de Dieu, nous dit
Jésus.
Si tu jeûnes ainsi, ta lumière jaillira comme l’aurore,
ajoute Isaïe, et tes forces reviendront rapidement (58,8) : ce
sera le signe que Dieu habite et embellit ton cœur, que sa vie coule en
toi et que sa gloire t’accompagne. Alors, si tu appelles, le Seigneur
répondra, si tu cries, il dira : « me voici (9) »
parce que tu t’es approché de lui en t’approchant de toi, de ton
frère ou de ta sœur qui est dans le besoin.
Comme les disciples de Jésus et puisqu’il est avec nous pour
toujours, rendons-lui grâce pour les nouvelles formes de
jeûne que son Esprit inspire aujourd’hui dans notre monde pour
faire grandir la vie, pour faire tomber les chaînes de la peur et
de la violence, pour rendre la liberté aux personnes
opprimées.
Je pense à toutes ces nouvelles associations pour venir en aide
aux femmes opprimées, aux enfants maltraités, aux
personnes âgées méprisées.
Rendons-lui grâce pour celles qu’il nous donne de vivre en ce
temps de carême. Amen.
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©
Communion de Jérusalem - 12 mars 2008
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