sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Patrick  Risquons de jouer notre vie avec le Seigneur

 
Vendredi, 15 décembre 2007
 
St Jean de la Croix, prêtre, docteur de l’église (A), Ste Odile, vierge, abbesse au 7e siècle en Alsace
  Is 48, 1-4.9-11 ; Ps 1 ; Mt 11, 16-19


      Homélie de frère Patrick


Une place de village au Moyen-Orient.
Une vraie cour de récréation.
Imaginez-la : deux groupes d’enfants s’y trouvent.
Ils se défient au jeu.
Un groupe lance le défi, d’autre le relève.
L’essence du jeu est dans le sens du jeu.
Avoir le sens du jeu palme la joie le jour.
Le jeu du défi réciproque et alterné
n’est joyeux que si chacun des deux groupes
accepte d’entrer pleinement dans le jeu ouvert par l’autre.
Dès que l’un refuse, le jeu est cassé,
la joie et les rires sont changés en dépit et en invectives.
« Nous vous avons joué de la flûte
et vous n’avez pas dansé ! (Mt 11,17) »
et la première bande tourne les talons.
Criant à l’adresse des déserteurs,
la deuxième bande s’époumone :
« Nous avons entonné un chant funèbre,
et vous ne vous êtes pas frappés la poitrine (id.) ».
Et de quitter aussi la place en poussant des huées.
La place est vide soudain.
Sans enfants, la place est morne.
Le soleil n’y fait rien, la joie s’est tue.
« Telle est cette génération (cf Mt 11,16) », dit amèrement Jésus.
Elle a déserté le terrain de la joie,
où elle était convoquée.
Elle a délibérément évité de comprendre
ce qui se jouait sous ses yeux.
Dans une inconséquence capricieuse,
par une gaminerie coupable,
elle a jeté le discrédit
sur l’œuvre merveilleuse de Dieu au milieu d’elle.
Voilà une génération
où prêchaient Jean-Baptiste et Jésus.
Une génération privilégiée
en laquelle amour et vérité se rencontrent,
où justice et paix s’embrassent (Ps 84(85) 11).
Vérité, qu’est l’humilité du repentir et de la conversion,
entre en jeu,
et c’est amour qui relève le défi.
« Vérité » des larmes de contrition
et de l’ascèse de la purification
entonne une lamentation,
et c’est « amour » qui répond
dans une fête de miséricorde.
Jean-Baptiste donne le ton – pénitence, conversion –
et Jésus entonne le répons, le chant de joie :
« mangeons, festoyons, (Lc 15, 23)
une année de grâce de la part du Seigneur (Is 61,2) ».
Sur la place de cette génération
se joue l’accomplissement plénier de toutes les prédictions.
La place où se trouve cette génération,
c’est le cœur du temps,
le foyer de l’histoire
où se rencontrent et se brassent
le flux ancien des prophéties
et le flux nouveau de la bénédiction en Jésus-Christ.
Ces deux flux s’élancent l’un à la rencontre de l’autre,
ils s’étreignent et s’épousent en un tourbillon de joie.
Les prophètes Zacharie et Jérémie l’avaient dit :
« Le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième mois,
du septième et le jeûne du dixième
deviendront allégresse, joie,
gais jours de fête (Za 8,19) ».
« La jeune fille prendra plaisir à la danse,
jeunes et vieux se réjouiront dans la joie.
Je changerai leur deuil en allégresse.
Mon peuple se gorgera de mes biens. (Jr 31,13-14) »
« Je reviens à Sion, déclare le Seigneur
et veux habiter au milieu de Jérusalem.
Des vieux et des vieilles
s’assiéront sur les places de Jérusalem :
car chacun aura son bâton à la main
à cause du nombre de ses jours.
Et les places de la ville
seront remplies de petits garçons et de petites filles
qui joueront sur les places (Za 8,3-5) ».
« Mais aimez la vérité et la paix (Za 8,19) »,
avertit en suppliant le prophète Zacharie.

Aimez la vérité !
« Jean ? Il ne mange ni ne boit !
Il a un démon, c’est entendu ! (cf Mt 11,18) »
Aimez la vérité !
« Jésus ? Un glouton, un ivrogne
qui fait la fête avec les romains,
passons, n’en parlons plus !  (cf 19) »
Aimez la vérité !
Tout de même, ne seraient-ils pas l’un et l’autre
des justes, des envoyés de Dieu ?
Pensez-vous ?  Ils nous gênent.
Ils s’opposent tous deux à notre conduite.
L’un nous reproche nos fautes de la Loi
et l’autre se flatte d’avoir Dieu pour Père.
Ils sont un blâme pour nos pensées,
leur genre de vie ne ressemble pas au nôtre,
leurs chemins sont tous différents.
Non vraiment, ne prêtons pas attention à ces deux-là
dont la vue elle-même nous est à charge. (Sg 2, 12ss)

Voilà comment il est possible, nous dit Saint Luc
d’annuler pour soi le projet de Dieu. (cf 7,30)

En n’entrant pas dans le jeu de la grâce,
en refusant les propositions de Dieu,
celle du repentir comme celle de l’allégresse.
En s’écartant de l’amour et de la vérité
que conteste notre orgueil,
dénonce nos suffisances,
démasque nos complaisances
et nous ramène à l’humilité.

Ô Dieu, donne-nous d’aimer jouer notre vie avec toi.
Donne-nous d’aimer tes surprises,
tes changements de temps dans la danse
où tu nos entraînes.
Donne-nous de moduler notre chant
au souffle imprévisible de ton Esprit.
Donne-nous aujourd’hui d’aimer ton œuvre de ce jour.
Tout ce que tu fais, Seigneur, convient en son temps.
Ta Sagesse est admirable.
Ta Sagesse est vérifiée juste dans tes œuvres.
Gloire à Toi !



 © Communion de Jérusalem - 29 décembre 2007