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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Avec François, stigmatisés en nos coeurs !

  Jeudi, 4 octobre 2007 - Saint François d’Assise – Année C
  Ga 6,14-18 ; Ps 15 ; Mt 11, 25-30


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Francesco Bernardone a 24 ou 25 ans.
Depuis ses déboires dans les combats entre cités d’Ombrie,
son monde intérieur a commencé à changer.
Il perd le goût des frivolités et des festivités mondaines.
Récemment, lui qui éprouvait
un profond dégoût pour les lépreux,
a sauté de son cheval pour aller embrasser
et secourir de son aumône
un lépreux d’Assisse.

Aujourd’hui, le voici qui se promène
dans la vallée en contrebas d’Assise, au milieu des oliviers.
C’est un paysage qui lui est bien familier
avec la petite église San Damiano
qui est presque en ruine.

Quelque chose le pousse à y entrer : un attrait, un désir.
Il entra pour prier (Vita II-VI, 10)
dit son biographe Tommasa de Celano.
Il est là seul, avec ses 24 ans,
au milieu des murs lézardés
de cette chapelle abandonnée en pleine campagne.

Seul, en face d’une grande croix icône
où le crucifié a les yeux ouverts,
de grands yeux qui regardent le fond de l’âme.
C’est le Crucifié vivant,
le Crucifié qui s’offre et qui ressuscite.
Une grâce très forte saisit Francesco
qui demeure là,
prosterné, suppliant devant le crucifix (id.).
Soudain, une voix se fait entendre.
C’est le Crucifié qui s’adresse à lui :
« Francesco, va e ripara la mia casa che, lo vedi, sta andando in rovina. »
« François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines. »
François ne sait que répondre.
Il est là, saisi, immobile, silencieux.
Dès lors, raconte Tommaso de Celano,
fût ancrée dans son âme
la compassion pour le Crucifié,
et il est permis de supposer que, dès lors aussi,
furent imprimés très profond dans son cœur
les stigmates de la Passion
avant de l’être dans sa chair (id.).

Que fait François ?
Il offrit à un prêtre l’argent requis
afin que l’image sainte du Crucifié
 pût recevoir sans interruption
l’hommage qui lui était dû.
Pour réaliser le reste,
il se mit avec ardeur
aux travaux de réfection de l’église.
Et son biographe de commenter :
Les paroles qu’il avait entendues
concernaient l’Église
que le Christ s’est achetée de son Sang,
mais Dieu ne voulût pas
qu’il atteignit d’un coup la perfection :
il se réservait de le faire passer progressivement
de la chair à l’esprit. (id.)

*

Cet épisode de la vie du Povorello
est une clé pour connaître le cœur et la vie de François.
De cette rencontre a jailli comme deux fleuves
qui sans cesse se rejoignent :
la compassion pour le Crucifié
et la passion pour la « réfection » de l’église.
Les deux sont inséparables.
C’est le Crucifié qui a parlé de « sa » maison.
l’Église est la maison,
la demeure de Jésus crucifié et ressuscité :
Il y demeure, il y vit et ne la quitte pas.
Servir l’Église, c’est servir le Christ,
et servir le Christ, c’est servir l’Église.
La compassion pour le Crucifié
entraîne François à se livrer
pour servir la beauté et la vie
de l’Église de son temps,
de l’Église telle qu’elle était,
et elle était fort lépreuse…

Le cœur de François
depuis la rencontre à San Damiano
était comme blessé d’amour pour le Crucifié.
Et rien ne pouvait guérir cette blessure
sinon de prendre soin du Corps du Christ
qui est l’Église.

François se donnera de tout son être à l’Église
non pas pour la restructurer, la critiquer,
ni la réformer par de grandes idées.
Il la réformera en vivant lui-même l’Évangile,
en n’ayant, pour lui et ses frères,
d’autres règles que l’Évangile de la Croix.
La règle et le genre de vie des Frères mineurs, les voici :
observer le Saint Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ
en vivant obéissants, pauvres et chastes (Seconde Règle, 1).

François n’a pas d’autres ambitions
que de vivre l’Évangile
et d’entraîner ses frères à faire de même.
François est un entraîneur
qui n’entraîne plus la jeunesse d’Assise dans la superficialité,
mais entraîne ses frères et sœurs sur le chemin de l’Évangile.

Il en va de l’Église comme d’une migration des bernaches :
il faut qu’il y en ait une qui prenne la première son envol,
alors toutes se mettent à la suivre !
François a conduit la migration
d’une foule d’hommes et de femmes
de la médiocrité
à la fidélité à l’Évangile.

Mais tout cela, il ne put le faire sans puiser dans la prière et le jeûne.
Quand on additionne les différentes périodes de solitude et de pénitence
que François vivait au cours d’une année, on arrive à près de six mois.
François ne pouvait se priver de ces temps
où le Crucifié l’appelait à s’enfouir dans ses blessures dans le silence et l’ascèse.
Et il aimait pour cela se cacher dans des failles de rocher, comme à l’Alverne ou à Cortona,
parce que ces failles lui rappelaient les blessures de Jésus.

Cette fidélité à la prière lui permettait de garder son cœur en Dieu
et il traduisit cela dans sa Règle :
Ainsi, tous mes frères, gardons-nous bien
de nous perdre ou d’enlever au Seigneur
notre cœur et notre esprit
sous prétexte de bénéfice, de travail ou de secours.
Mais, dans le saint Amour qui est Dieu,
je demande à tous, ministres et autres,
de laisser tomber tout obstacle,
toute inquiétude, et tout souci,
mais de se mettre aussi bien qu’on le peut,
à servir, aimer, adorer et respecter le Seigneur Dieu
d’un cœur et d’une âme pures,
car c’est cela qu’il recherche le plus.
Et même faisons-lui en nous
une maison où il puisse toujours rester,
lui, le Dieu Tout-puissant,
Père, Fils et Saint Esprit. (1ère Règle)

*

La maison de notre âme, la maison de l’Église,
voilà ce que le Seigneur nous confie en ce jour !
Pour cela, demandons aujourd’hui à Saint François d’intercéder pour nous
afin que nous nous laissions blesser au cœur par le Crucifié.
Nous servirons l’Église dans la mesure où notre cœur sera blessé par la Croix de Jésus.

Que le Seigneur envoie vers nous le Séraphin qui dévoile sous ses ailes le Visage du Crucifié
et que les stigmates de la Croix glorieuse de Jésus s’impriment dans nos cœurs pour toujours.


 © Communion de Jérusalem - 16 octobre 2007