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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Combien j’aurais aimé être là !
 
 
Dimanche 20 juillet 2008 - 16e Semaine du Temps ordinaire  (A)
  Sg 12, 13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Combien j’aurais aimé être là
lorsque Jésus, dans quelque coin de la Galilée,
a regardé un champ où l’ivraie se mêlait au bon grain
et que s’est composé en son cœur
cette parabole que nous venons d’entendre.

Qu’Il nous donne de savoir à notre tour
regarder la nature avec une attention contemplative
pour y lire tout ce qu’elle peut nous enseigner
sur le mystère de la vie, de l’homme et de Dieu.


Nous voici donc avec une parabole de Jésus.
Une parabole n’est accessible que de l’intérieur.
On ne peut la comprendre par nos seuls raisonnements.
Il faut que l’Esprit-Saint Lui-même
nous conduise à l’intérieur du mystère qu’elle porte.

Que sur nous vienne donc l’Esprit,
qu’il vienne au secours de notre faiblesse (Rm 8,26)
pour que nous puissions accueillir les paroles de Jésus
dans la prière, dans un cœur bien disposé, humble, écoutant.

Pour entrer dans la parabole,
mettons-nous à la place des serviteurs.
Nous savons que les semailles ont été faites
dans le champ de notre maître.
Une belle semence, propre et saine, a été jetée en terre.
Nous avons attendu, avec la patience des cultivateurs
qu’apparaissent les pousses de blé.
Elles sont venues.
Elles ont grandies.
Mais peu à peu nous avons distingué dans le champ
deux sortes d’épis : du blé et l’ivraie,
littéralement des zizanies ; c’est un pluriel.
Il s’agit d’une herbe de 40 à 70 cm
qui ressemble beaucoup au blé
mais qui est très vénéneuse.
Les études contemporaines montrent
que ce n’est pas l’herbe elle-même qui est vénéneuse,
mais un champignon parasite – le stromatinia temulenta –
qui s’abrite dans cette herbe.
Les zizanies donnent des crampes, des vertiges,
ne serait-ce que lorsqu’on la touche humide.

Le temps de la moisson n’est pas encore venu,
mais nous voyons bien
ces zizanies parsemées dans le champ,
alors même que nous attendions à juste titre
un champ bien homogène, un champ parfait.
Voilà donc que nous demandons au maître :
N’est-ce pas de la belle semence
que tu as semé dans ton champ ?
D’où vient donc qu’il y ait des zizanies ? (Mt 13,27)

Le maître ne semble absolument pas surpris
et répond d’emblée :
un ennemi a fait cela (Mt 13,28).


Mais peut-on laisser les zizanies grandir impunément ?
Peut-on consentir à ce que le champ soit mélangé ?
Est-ce que les zizanies ne vont pas prendre le dessus ?
Monte en nous un mélange de peur et de colère,
une incapacité à supporter l’imperfection
dans le champ de notre Seigneur.
D’où notre question au maître :
veux-tu que nous allions les ramasser ?

En d’autres termes :
Nous pouvons y aller.
Nous saurons distinguer le blé des zizanies
et nous allons, pour les zizanies, anticiper la moisson.
Fais-nous confiance !
Nous avons du discernement
et nous avons de la force !

La réponse du maître est immédiate et catégorique :
Non ! de peur qu’en ramassant les zizanies
vous déraciniez avec elles le blé (Mt 13,29).
Et il ajoute ce que nous n’aurions jamais voulu entendre :
Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson.
Au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs :
‘Ramassez d’abord les zizanies
liez-les en bottes pour les brûler.
Quant au blé, rassemblez-le dans mon grenier’. (Mt 13,30)
La consigne est claire :
n’anticipez pas la moisson
et sachez que vous ne serez pas les moissonneurs.

N’anticipez pas la moisson parce que vous risquez
avec votre discernement et votre force
de déraciner aussi le bon grain.
De fait l’ivraie a des racines très ramifiées
qui se mêlent aux racines des épis de blé.

Frères et sœurs, qui d’entre nous obéira au maître ?
Nous avions de bonnes raisons de vouloir purifier le champ !
Est-ce que cela ne procédait pas de notre amour pour le maître ?
Est-ce que nous n’irions pas volontiers de nuit dans le champ
pour aller extirper cette ivraie que nous ne supportions pas ?

* *

Chers frères et sœurs,
de quel champ s’agit-il ?
Le champ, c’est le monde nous dit Jésus.
C’est notre monde, c’est notre vie.
C’est plus particulièrement là où Jésus a semé l’Évangile,
c’est l’Église,
c’est notre assemblée,
c’est notre communauté.
Il n’y a aucun doute
que la belle semence de la Parole de Dieu
y a été semée.
Jésus, grain de blé jeté en terre,
s’est donné à nous,
s’est perdu  pour nous,
s’est livré à nous.
Nous sommes en terre ensemencée,
et déjà toute une fécondité
se manifeste dans la vie de l’Église.
Qu’il est beau le fruit de vie, d’amour, de joie
que portent les chrétiens depuis deux mille ans
dans la force de la résurrection !

Mais il est aussi vrai que l’ennemi
est venu semer, lui aussi,
sur le même terrain.
Il ne sème pas ouvertement
en respectant et même en suscitant notre liberté
comme fait Notre Seigneur.
La Parabole dit clairement qu’il sème de nuit
quand les gens dorment. (Mt 13,25)
Il sème le doute,
il sème la tristesse,
il sème la violence,
il sème la convoitise,
il sème l’orgueil…
Et il est bien vrai qu’il y a de l’ivraie
dans notre assemblée, dans notre communauté,
parce qu’il y a de l’ivraie dans chacun de nos cœurs.

Seigneur ,j’ai vu de l’ivraie dans l’Église,
veux-tu que j’aille l’arracher ?
Non ! nous dit aujourd’hui le Seigneur !

Seigneur veux-tu que nous ordonnions au feu
des descendre du ciel et de les consumer ? (Lc 9,54)
Jésus, se retournant, réprimanda Jacques et Jean !

Seigneur, faut-il frapper du glaive ? (Lc 22, 49)
Rengaine ton glaive
car tous ceux qui prennent le glaive
périront par le glaive. (Mt 26,52)

Ni feu, ni glaive !

Bénissez, ne maudissez pas (Rm 12,14),
écrit Paul aux chrétiens de Rome.
Sans rendre à personne le mal pour le mal (17a).
sans vous faire justice à vous-mêmes.
mes bien-aimés, laissez agir la colère (divine) ;
car il est écrit : c’est moi qui ferai justice,
moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. (19)
Bien plutôt, si ton ennemi a faim, donne-lui à manger (20a).
Ne te laisse pas vaincre par le mal,
sois vainqueur du mal par le bien. (21)

Le Seigneur nous demande aujourd’hui
de ne jamais arracher l’ivraie du champ,
de ne jamais employer la moindre violence,
la moindre malédiction pour éradiquer le mal
de nos communautés et de l’Église.
Si nous employons quelque violence que ce soit
il n’y a aucun doute que nous arracherions
la bonne semence de notre propre cœur
et du cœur de beaucoup d’autres.

On ne peut être vainqueur du mal que par le bien !
Cela veut-il dire que nous devons rester passifs et inertes
devant ce qui défigure l’Église et blesse les humains ? Non !
Au contraire, nous avons à lutter comme l’ont fait jadis
un Athanase face à l’Aryanisme,
un Grégoire VII face à la corruption du clergé,
un Dominique face aux hérésies,
une Thérèse d’Avila face au relâchement de la vie religieuse,
un Cardinal de Lubac face à une pensée sclérosée,
et tant d’autres.

Mais ce qui fait les saints,
c’est que dans la fin comme dans les moyens
ils n’emploient rien d’autres que l’amour.
Là où ils ont vu les zizanies,
ils ont agi dans l’amour,
ils ont agi selon l’Évangile, en d’autres termes,
ils ont semé du bon grain,
au point que les zizanies ont été étouffées.
Là où il n’y a pas d’amour,
sème de l’amour et tu récolteras de l’amour.
enseignait Jean de la Croix.
Voilà ce que le Seigneur nous demande :
être des semeurs et non des arracheurs ;
ni feu, ni glaive,
mais des semences,
jusqu’à semer notre propre vie.


 © Communion de Jérusalem - 23 juillet 2008