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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  La Chaire de Saint-Pierre


  Vendredi 22 février 2008 - 2e Semaine de Carême- A
  1 Pi 5, 1-4 ; Ps 22 ; Mt 16, 13-19


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 


En cette fête de la Chaire de saint Pierre, nous avons deux motifs importants de rendre grâce à Dieu. D’abord pour la mission confiée à l’Apôtre Pierre en tant que Premier Pasteur de l’Église. Ensuite pour le fait que nous partageons avec lui la mission d’ouvrir les portes du Royaume.

1-    La Chaire de Pierre…
Les chrétiens ont commencé dès le IVe siècle à fêter la mission particulière confiée à Pierre comme premier Pasteur ; cela a commencé à Rome, nous dit la tradition. Cette mission est représentée symboliquement par ce que nous appelons « la chaire », littéralement le siège fixe de l’Évêque, placé dans l’église mère d’un diocèse. C’est pour cela qu’on appelle cette Église la « cathédrale ». Cette chaire représente le service de l’évêque, celui d’être le Pasteur et le Maître chargé de guider le chemin des fidèles dans la foi, l’espérance et la charité en fidélité à l’enseignement du Christ Jésus. Lorsque l’évêque prend possession de l’Église particulière qui lui a été confiée, il s’assoit sur la chaire en portant la mitre et en tenant le bâton pastoral.

Quelle fut donc la « chaire » de saint Pierre ? Choisi par le Christ comme « roc » sur lequel le Christ va édifier l’Église (cf. Mt 16, 18), Pierre commença son ministère, son service de Pasteur et de Maître, à Jérusalem, après l’Ascension du Seigneur et la Pentecôte. Le premier « siège » de l’Église fut le Cénacle, et il est probable que dans cette salle, où Marie, la Mère de Jésus, pria elle aussi avec les disciples, une place spéciale ait été réservée à Simon Pierre.

Par la suite, le siège de Pierre devint Antioche, ville située aujourd’hui en Turquie, et à cette époque troisième grande ville de l’empire romain après Rome et Alexandrie d’Égypte. Pierre fut le premier évêque de cette ville, évangélisée par Barnabé et Paul, et où « pour la première fois les disciples reçurent le nom de chrétiens » (Ac 11, 26), où est donc né le nom de chrétiens pour nous.

De là, la Providence conduisit Pierre à Rome. Nous avons donc le chemin de Jérusalem, Église naissante, à Antioche, premier centre de l’Église rassemblant des païens et des Juifs convertis au Christ. Puis, Pierre se rendit à Rome, centre de l’Empire, où il conclut par le martyre sa course au service de l’Évangile. Nous avons un écho de son service de Pasteur à travers l’évangile de Saint Marc et quelques lettres pastorales qui lui sont attribuées, dont la première lecture de ce soir.

2-    Partagée par l’ensemble des chrétiens, l’Église
Un deuxième motif pour rendre grâce aujourd’hui nous est donné dans l’Évangile de ce soir. Nous y avons entendu de nouveau la confession de foi de Pierre et le ministère qui lui est confié. Dans cet évangile, Jésus nous dit que tous ensemble, avec Pierre et son successeur, nous sommes chargés de la responsabilité de déployer, de manifester le mystère du Royaume de Dieu dans l’histoire, dans la vie des personnes qui se cherchent et qui cherchent Dieu. Nous avons reçu le même pouvoir qu’a Jésus, celui d’ouvrir les portes du Royaume. Le pouvoir que Jésus confie à Pierre, il le confie à toute l’Église, à chacun de nous.

Comment est-ce possible, dirons-nous ? Méditons l’image du Roc qu’utilise Jésus pour parler de la mission confiée à Pierre. Dieu seul est le Rocher d'Israël (Dt 32,15), il est « mon rocher et mon salut » (Ps 62,3), assise ferme sur quoi tout peut tenir et sans quoi tout s'effondre. Le rocher deviendra une figure du Messie, socle inébranlable contre quoi toute forme d'idolâtrie doit venir se briser, afin que toute chose puisse être rétablie en son intégrité et le Royaume de Dieu subsister à jamais (Dn 2,31-45).

Ce rocher inébranlable, c'est le Christ, affirme Saint Paul. Dans sa première lettre au Corinthien, il écrit : «  frères, je ne veux pas que vous l'ignoriez : nos pères furent tous sous la nuée, tous ils traversèrent la mer, et tous, au temps de Moïse, ils furent baptisés dans la nuée et dans la mer ; et tous ils mangèrent la même nourriture spirituelle, et tous ils burent le même breuvage spirituel : car ils buvaient de la pierre spirituelle qui les accompagnait, et la pierre était le Christ. (1Co 10,4). 

Le Christ est le Rocher d’où jaillit, comme une eau vivifiante, la grâce surabondante du Salut. Et voici qu’aujourd’hui, Jésus déclare : Ce rocher, c'est toi Pierre, et, en ton nom, c'est toute l'Église, la communauté croyante, qui est dépositaire du Mystère du Salut, qui est sacrement du Salut pour le monde, qui dispensera la grâce du salut.

Dans un des ses sermons, Saint Augustin nous fait voir comment la grâce d’ouvrir les portes du Royaume est donnée à toute l’Église à travers l’Apôtre Pierre. Saint Augustin affirme et je cite : « Pierre reçoit cette grâce de représenter à lui seul la personne de toute l'Église. À cause de toute l'Église, qu'il représentait à lui seul, il eut ce bonheur d'entendre : « À toi je donnerai les clés du royaume des cieux. » Car ces clés, ce n'est pas un seul homme, mais c'est l'unité de l'Église, qui les a reçues. Et nous célébrons la Primauté de Pierre précisément parce qu'il représentait toute l'universalité et l'unité de l'Église quand le Seigneur lui dit : « À toi, je donnerai » ce pouvoir que, de fait, il donna à tous. Et écoutez ce que le Seigneur dit à tous les Apôtres dans un autre passage de l'    Évangile : « Recevez l'Esprit-Saint. Si vous remettez les péchés à quelqu'un, ils lui seront remis ; si vous les retenez, ils seront retenus. » Ceci relève du pouvoir des clés, dont il a été dit : « Ce que vous délierez sur la terre sera délié aussi dans le ciel, et ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans le ciel. » Mais pour que tous sachent que Pierre représentait la personne de toute l'Église, comparons ce qui est dit à lui seul et ce qui est dit à tous les fidèles : « Si ton frère a péché contre toi, corrige-le entre toi et lui seul ; s'il t'écoute, tu as gagné ton frère, S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute l'affaire soit établie sur la parole de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas non plus, dis-le à l'Église ; et s'il n'écoute pas même l'Église, qu'il te soit comme un païen et un publicain. Amen je vous le dis : ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » C'est la colombe qui lie, et c'est la colombe qui délie : l'Édifice fondé sur la pierre lie et délie. » Fin de la citation du sermon 285

Puisque chacun de nous et tous ensemble en communauté, nous formons le Corps du Christ, l’Église,  notre communion au Christ fait de chacun de nous, comme personne et comme communauté, un dispensateur du mystère du Salut. Le pouvoir de lier et de délier, d’ouvrir les portes du Royaume nous est donné.

À deux conditions…

C’est merveilleux de prendre conscience de ce grand mystère : être chargés et capable d’ouvrir les portes du Royaume des Cieux, aux personnes qui nous entourent. Cependant nous ne pouvons réaliser cette mission, en tant qu’individu et en tant qu’Église, qu’à deux conditions : si nous ne nous prenons pas pour le Christ et si, à l'opposé, nous reconnaissons notre faiblesse.

-    Rendre présent le Christ dans notre monde, ce n'est pas prendre sa place, c'est même le contraire. En vertu même de notre identification au Christ, nous ne le rendons présent, nous ne le représentons, que si nous ne nous se substituons pas à lui. Cette Église que nous sommes, c'est l'Église du Christ, non la nôtre : « je bâtirai mon Église », dit Jésus à Pierre.

-    D'un autre coté, notre faiblesse, notre péché, le nôtre et celui de notre communauté sont au cœur de notre ministère. Cela prouve encore plus que  c’est la grâce de Dieu qui nous pousse à partager la Bonne Nouvelle de Jésus et non la recherche de notre propre gloire. Cela nous fait comprendre l'insistance des évangiles à souligner très particulièrement la faiblesse et les manquements de Pierre. Ce qu'il confesse à Césarée ne vient pas de la chair et du sang mais procède d'une révélation du Père. Immédiatement après la charge confiée, Pierre est traité ni plus ni moins de « Satan » par Jésus ! (Mt 16,23) La pierre sur quoi Jésus édifie son Église devient alors la pierre qui fait obstacle (scandalon). C'est ainsi que plusieurs passages établissent un lien entre le ministère de Pierre et sa « non infaillibilité » : Lc 22,31s. ; Jn 21,15-17. Toute prétention humaine doit ainsi finir par abdiquer pour que la puissance de Dieu puisse pleinement se manifester dans la faiblesse.

-    Comme pour l’Apôtre Pierre qui a renié Jésus trois fois, le Christ nous a un jour rejoints dans nos refus, nos démissions, nos abandons, dans nos résistances et il nous a montré son visage de miséricorde. Comme Pierre, c'est à partir de notre propre péché que nous avons reconnu en Jésus, le Fils du Dieu qui donne vie. C’est parce que nous avons fait l’expérience de son pardon que nous pouvons témoigner de lui en vérité. Notre désir d’annoncer le Christ Sauveur a pris naissance à la vue de notre péché pardonné.

Nous avons ainsi une certaine expérience que Rien ne peut résister devant la puissance de la miséricorde de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse et la dépossession. Les puissances de la mort elles-mêmes ne peuvent l'emporter (16,18). Nous sommes là au cœur du mystère de l'Église. Il s'agit d'ouvrir les portes du Royaume de Dieu et c'est là l'autorité, le service, confiés à Pierre et à tout disciple de Jésus. Ce que l'on appelle « le pouvoir des clés » (16,19) n'est autre que l'invitation désormais universelle à entrer dans le royaume de Dieu. Seule condition : ne pas prétendre y avoir quelque droit ni quelque prétention que ce soit. Pierre est de cela le modèle et le témoin.

Nous sommes à l'opposé de la démarche des Rabbins pour qui « lier et délier » signifiait « intégrer et exclure » de la communauté. Notre service en église et celui de Pierre en particulier consistent précisément à faire de l'Église le lieu d'universalité. Personne n'est exclu et quiconque n'exclut personne est chez lui dans l'espace ecclésial. Le Christ nous rend capable de renoncer aux puissances de domination qui sont toujours des puissances d'exclusion.

Bénissons le Père pour le ministère de Pierre que nous partageons avec toute l’Église, celui de vivre un amour vraiment universel, catholique.



 © Communion de Jérusalem - 17 mars 2008