|
 |
Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
|
|
|
|
|
|
La Chaire de Saint-Pierre
Vendredi 22 février 2008 - 2e Semaine de Carême- A
1 Pi 5, 1-4 ; Ps 22 ; Mt 16, 13-19
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
En cette fête de la Chaire de saint Pierre, nous avons deux
motifs importants de rendre grâce à Dieu. D’abord pour la
mission confiée à l’Apôtre Pierre en tant que
Premier Pasteur de l’Église. Ensuite pour le fait que nous
partageons avec lui la mission d’ouvrir les portes du Royaume.
1-
La Chaire de Pierre…
Les chrétiens ont commencé dès le IVe
siècle à fêter la mission particulière
confiée à Pierre comme premier Pasteur ; cela a
commencé à Rome, nous dit la tradition. Cette mission est
représentée symboliquement par ce que nous appelons
« la chaire », littéralement le siège fixe de
l’Évêque, placé dans l’église mère
d’un diocèse. C’est pour cela qu’on appelle cette Église
la « cathédrale ». Cette chaire représente le
service de l’évêque, celui d’être le Pasteur et le
Maître chargé de guider le chemin des fidèles dans
la foi, l’espérance et la charité en
fidélité à l’enseignement du Christ Jésus.
Lorsque l’évêque prend possession de l’Église
particulière qui lui a été confiée, il
s’assoit sur la chaire en portant la mitre et en tenant le bâton
pastoral.
Quelle fut donc la « chaire » de saint Pierre ? Choisi par
le Christ comme « roc » sur lequel le Christ va
édifier l’Église (cf. Mt 16, 18), Pierre commença
son ministère, son service de Pasteur et de Maître,
à Jérusalem, après l’Ascension du Seigneur et la
Pentecôte. Le premier « siège » de
l’Église fut le Cénacle, et il est probable que dans
cette salle, où Marie, la Mère de Jésus, pria elle
aussi avec les disciples, une place spéciale ait
été réservée à Simon Pierre.
Par la suite, le siège de Pierre devint Antioche, ville
située aujourd’hui en Turquie, et à cette époque
troisième grande ville de l’empire romain après Rome et
Alexandrie d’Égypte. Pierre fut le premier évêque
de cette ville, évangélisée par Barnabé et
Paul, et où « pour la première fois les disciples
reçurent le nom de chrétiens » (Ac 11, 26),
où est donc né le nom de chrétiens pour nous.
De là, la Providence conduisit Pierre à Rome. Nous avons
donc le chemin de Jérusalem, Église naissante, à
Antioche, premier centre de l’Église rassemblant des païens
et des Juifs convertis au Christ. Puis, Pierre se rendit à Rome,
centre de l’Empire, où il conclut par le martyre sa course au
service de l’Évangile. Nous avons un écho de son service
de Pasteur à travers l’évangile de Saint Marc et quelques
lettres pastorales qui lui sont attribuées, dont la
première lecture de ce soir.
2-
Partagée par l’ensemble des chrétiens, l’Église
Un deuxième motif pour rendre grâce aujourd’hui nous est
donné dans l’Évangile de ce soir. Nous y avons entendu de
nouveau la confession de foi de Pierre et le ministère qui lui
est confié. Dans cet évangile, Jésus nous dit que
tous ensemble, avec Pierre et son successeur, nous sommes
chargés de la responsabilité de déployer, de
manifester le mystère du Royaume de Dieu dans l’histoire, dans
la vie des personnes qui se cherchent et qui cherchent Dieu. Nous avons
reçu le même pouvoir qu’a Jésus, celui d’ouvrir les
portes du Royaume. Le pouvoir que Jésus confie à Pierre,
il le confie à toute l’Église, à chacun de nous.
Comment est-ce possible, dirons-nous ? Méditons l’image du Roc
qu’utilise Jésus pour parler de la mission confiée
à Pierre. Dieu seul est le Rocher d'Israël (Dt 32,15), il
est « mon rocher et mon salut » (Ps 62,3), assise ferme sur
quoi tout peut tenir et sans quoi tout s'effondre. Le rocher deviendra
une figure du Messie, socle inébranlable contre quoi toute forme
d'idolâtrie doit venir se briser, afin que toute chose puisse
être rétablie en son intégrité et le Royaume
de Dieu subsister à jamais (Dn 2,31-45).
Ce rocher inébranlable, c'est le Christ, affirme Saint Paul.
Dans sa première lettre au Corinthien, il écrit :
« frères, je ne veux pas que vous l'ignoriez : nos
pères furent tous sous la nuée, tous ils
traversèrent la mer, et tous, au temps de Moïse, ils furent
baptisés dans la nuée et dans la mer ; et tous ils
mangèrent la même nourriture spirituelle, et tous ils
burent le même breuvage spirituel : car ils buvaient de la pierre
spirituelle qui les accompagnait, et la pierre était le Christ.
(1Co 10,4).
Le Christ est le Rocher d’où jaillit, comme une eau vivifiante,
la grâce surabondante du Salut. Et voici qu’aujourd’hui,
Jésus déclare : Ce rocher, c'est toi Pierre, et, en ton
nom, c'est toute l'Église, la communauté croyante, qui
est dépositaire du Mystère du Salut, qui est sacrement du
Salut pour le monde, qui dispensera la grâce du salut.
Dans un des ses sermons, Saint Augustin nous fait voir comment la
grâce d’ouvrir les portes du Royaume est donnée à
toute l’Église à travers l’Apôtre Pierre. Saint
Augustin affirme et je cite :
« Pierre reçoit cette grâce de représenter
à lui seul la personne de toute l'Église. À cause
de toute l'Église, qu'il représentait à lui seul,
il eut ce bonheur d'entendre : « À toi je donnerai les
clés du royaume des cieux. » Car ces clés, ce n'est
pas un seul homme, mais c'est l'unité de l'Église, qui
les a reçues. Et nous célébrons la Primauté
de Pierre précisément parce qu'il représentait
toute l'universalité et l'unité de l'Église quand
le Seigneur lui dit : « À toi, je donnerai » ce
pouvoir que, de fait, il donna à tous. Et écoutez ce que
le Seigneur dit à tous les Apôtres dans un autre passage
de l' Évangile : « Recevez
l'Esprit-Saint. Si vous remettez les péchés à
quelqu'un, ils lui seront remis ; si vous les retenez, ils seront
retenus. » Ceci relève du pouvoir des clés, dont il
a été dit : « Ce que vous délierez sur la
terre sera délié aussi dans le ciel, et ce que vous
lierez sur la terre sera lié aussi dans le ciel. » Mais
pour que tous sachent que Pierre représentait la personne de
toute l'Église, comparons ce qui est dit à lui seul et ce
qui est dit à tous les fidèles : « Si ton
frère a péché contre toi, corrige-le entre toi et
lui seul ; s'il t'écoute, tu as gagné ton frère,
S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres,
pour que toute l'affaire soit établie sur la parole de deux ou
trois témoins. S'il ne les écoute pas non plus, dis-le
à l'Église ; et s'il n'écoute pas même
l'Église, qu'il te soit comme un païen et un publicain.
Amen je vous le dis : ce que vous lierez sur la terre sera lié
dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera
délié dans le ciel. » C'est la colombe qui lie, et
c'est la colombe qui délie : l'Édifice fondé sur
la pierre lie et délie. » Fin de la citation du
sermon 285
Puisque chacun de nous et tous ensemble en communauté, nous
formons le Corps du Christ, l’Église, notre communion au
Christ fait de chacun de nous, comme personne et comme
communauté, un dispensateur du mystère du Salut. Le
pouvoir de lier et de délier, d’ouvrir les portes du Royaume
nous est donné.
À deux
conditions…
C’est merveilleux de prendre conscience de ce grand mystère :
être chargés et capable d’ouvrir les portes du Royaume des
Cieux, aux personnes qui nous entourent. Cependant nous ne pouvons
réaliser cette mission, en tant qu’individu et en tant
qu’Église, qu’à deux conditions : si nous ne nous prenons
pas pour le Christ et si, à l'opposé, nous reconnaissons
notre faiblesse.
- Rendre présent
le Christ dans notre monde, ce n'est pas prendre sa place, c'est
même le contraire. En vertu même de notre identification au
Christ, nous ne le rendons présent, nous ne le
représentons, que si nous ne nous se substituons pas à
lui. Cette Église que nous sommes, c'est l'Église du
Christ, non la nôtre : « je bâtirai mon Église
», dit Jésus à Pierre.
-
D'un autre coté, notre faiblesse, notre péché, le
nôtre et celui de notre communauté sont au cœur de notre
ministère. Cela prouve encore plus que c’est la
grâce de Dieu qui nous pousse à partager la Bonne Nouvelle
de Jésus et non la recherche de notre propre gloire. Cela nous
fait comprendre l'insistance des évangiles à souligner
très particulièrement la faiblesse et les manquements de
Pierre. Ce qu'il confesse à Césarée ne vient pas
de la chair et du sang mais procède d'une
révélation du Père. Immédiatement
après la charge confiée, Pierre est traité ni plus
ni moins de « Satan » par Jésus ! (Mt 16,23) La
pierre sur quoi Jésus édifie son Église devient
alors la pierre qui fait obstacle (scandalon). C'est ainsi que
plusieurs passages établissent un lien entre le ministère
de Pierre et sa « non infaillibilité » : Lc 22,31s.
; Jn 21,15-17. Toute prétention humaine doit ainsi finir par
abdiquer pour que la puissance de Dieu puisse pleinement se manifester
dans la faiblesse.
-
Comme pour l’Apôtre Pierre qui a renié Jésus trois
fois, le Christ nous a un jour rejoints dans nos refus, nos
démissions, nos abandons, dans nos résistances et il nous
a montré son visage de miséricorde. Comme Pierre, c'est
à partir de notre propre péché que nous avons
reconnu en Jésus, le Fils du Dieu qui donne vie. C’est parce que
nous avons fait l’expérience de son pardon que nous pouvons
témoigner de lui en vérité. Notre désir
d’annoncer le Christ Sauveur a pris naissance à la vue de notre
péché pardonné.
Nous avons ainsi une certaine expérience que Rien ne peut
résister devant la puissance de la miséricorde de Dieu
qui se manifeste dans la faiblesse et la dépossession. Les
puissances de la mort elles-mêmes ne peuvent l'emporter (16,18).
Nous sommes là au cœur du mystère de l'Église. Il
s'agit d'ouvrir les portes du Royaume de Dieu et c'est là
l'autorité, le service, confiés à Pierre et
à tout disciple de Jésus. Ce que l'on appelle « le
pouvoir des clés » (16,19) n'est autre que l'invitation
désormais universelle à entrer dans le royaume de Dieu.
Seule condition : ne pas prétendre y avoir quelque droit ni
quelque prétention que ce soit. Pierre est de cela le
modèle et le témoin.
Nous sommes à l'opposé de la démarche des Rabbins
pour qui « lier et délier » signifiait «
intégrer et exclure » de la communauté. Notre
service en église et celui de Pierre en particulier consistent
précisément à faire de l'Église le lieu
d'universalité. Personne n'est exclu et quiconque n'exclut
personne est chez lui dans l'espace ecclésial. Le Christ nous
rend capable de renoncer aux puissances de domination qui sont toujours
des puissances d'exclusion.
Bénissons le Père pour le ministère de Pierre que
nous partageons avec toute l’Église, celui de vivre un amour
vraiment universel, catholique.
|
|
©
Communion de Jérusalem - 17 mars 2008
|
|
|
|