Le Sanctuaire du
Saint-Sacrement
frère Ivan-Pierre,
fmj
Sources
Vives, numéro 124
juin
2005, pages 138-143
Depuis
un an, le Sanctuaire du Saint-Sacrement a été
confié à nos Fraternités, mais aussi depuis plus
de 100 ans, cette église est une oasis de contemplation au coeur
de la ville de Montréal, un lieu d'accueil, d'accompagnement
spirituel et de réconciliation. C'est, en Amérique, le
premier sanctuaire d'adoration du Très Saint Sacrement.
De
1890
à
septembre 2004, les Religieux du Saint-Sacrement ont
donné, dans le contexte du Plateau Mont-Royal, une
priorité aux activités qui manifestent les richesses et
les exigences du mystère eucharistique dans toutes ses
dimensions, en association avec des laïcs et en lien avec les
orientations pastorales du diocèse.
Les
pierres vivantes
Des
«pierres
vivantes» bénéficient toujours
de ce bel héritage. La Fraternité Eucharistique continue
sa mission centenaire, celle de préparer des adorateurs qui
assureront une présence devant le Saint Sacrement tout au long
de la journée.
Depuis
l'arrivée des Fraternités de Jérusalem
voilà un an, deux Fraternités d'adorateurs ont vu le
jour. D'abord les Veilleurs, hommes et femmes de tous les âges,
qui se nourrissent de la spiritualité de notre Livre de Vie et
qui se sentent appelés aussi à adorer le Seigneur en
s'engageant à le faire pendant au moins une heure chaque semaine.
Ensuite
la
Fraternité Samuel, ces enfants adorateurs à
qui Jésus veut aussi parler. Ils se retrouvent une
dizaine, une fois par mois, abordant un thème en lien avec le
temps liturgique. Une activité qui précède un
quart d'heure d'adoration adaptée à leur âge.
Les mamans, les papas, grands-parents, ne les rejoignent que pour
ce temps. Quelle grâce de simplicité et d'amitié
dans cette rencontre entre la Présence cachée et les
enfants
Et
toutes
les autres
«pierres vivantes» qui viennent
s'associer à la prière et à l'adoration de nos
Fraternités, peuvent aussi nourrir leur contemplation par
l'architecture de ce Sanctuaire.
Le
Sanctuaire
Cette
église
- paroissiale jusqu'en 1998, sanctuaire depuis - a
été édifiée entre 1892 et 1894 pour devenir
un sanctuaire d'adoration eucharistique. L'intérieur est
particulièrement frappant par la beauté de son volume
basilical qui rappelle les premières églises romaines,
plus particulièrement Sainte-Sabine sur l'Aventin à Rome.
Tous les éléments iconographiques
intégrés à sa décoration évoquent un
des aspects de l'eucharistie et particulièrement du Saint
Sacrement exposé. Tous nous parlent d'un Dieu qui aime
infiniment l'être humain et des témoins qui ont
été saisis totalement par cet amour.
Le
Sanctuaire est
une construction rectangulaire à trois nefs.
La nef principale est une pièce d'architecture très
intéressante tant par son volume que par la richesse et la
qualité de sa décoration toute de bois sculpté et
peint. L'originalité de l'architecte Resther fut de superposer
deux tribunes au-dessus des nefs latérales. La galerie
supérieure est dotée de fines arcades, rappelant celles
des cloîtres italiens du XlIe siècle. La galerie
inférieure s'accroche aux colonnes de bois peint à
chapiteaux corinthiens originaux par leur unique couronne de feuilles
d'acanthe. Les dimensions intérieures sont de 43 m de long, 16
de large et 14 de haut. L'église peut contenir plus de 1 000
personnes.
Le
maître
autel, de dimension littéralement monumentale,
occupe le fond de l'abside. Il abritait en permanence un grand
ostensoir. Ainsi l'attention des fidèles était tout de
suite centrée sur le Christ, roi de l'univers. Aujourd'hui un
ostensoir de taille plus modeste est exposé en dehors des
liturgies sur l'autel principal.
Les
peintures
En
partant
de
l'entrée de l'église jusqu'à l'arc
triomphal, des scènes de la vie de Jésus nous sont
présentées : l'adoration des mages et les noces de Cana.
Quatre tableaux, symbolisant les attitudes de l'adoration sont
intercalés entre ces peintures. Ce sont la prière, la
réparation, l'action de grâce et l'adoration.
Nous
trouvons sur
les murs de l'abside la galerie des saints et saintes
qui se sont signalés par leur dévotion à
l'eucharistie. A gauche : Jean-Marie Vianney, Alphonse de Liguori,
Pascal Baylon, Thomas d'Aquin, Norbert, Jean Eudes. À droite :
Julienne de Falconieri, Julienne du Mont-Cornillon, Marguerite-Marie
Alacoque, Bienheureuse Eve, Claire d'Assise, Rose de Lima. Ils sont
peints sur un fond doré, ce qui donne plus de
spiritualité et de richesse au choeur.
Dans
le
même
style, la voûte en cul-de-four est
ornée de six anges, certains tenant dans leur mains
l'inscription : Lauda Sion
Salvatorem, Lauda Ducem et Pastorem - Jérusalem
loue ton Sauveur ; ton
Chef et ton Pasteur et, au
centre, un ostensoir rayonnant sur
le monde.
Sur
les deux
pilastres de l'arc triomphal, ont été
réalisés, à gauche, un poisson et une corbeille de
pain, et, à droite, un paon et deux grappes de raisins. Ils
symbolisent le Christ, source de vie, gage de l'immortalité dans
le pain et le vin eucharistiés.
Tout
en
haut, de
chaque côté de la nef centrale, nous
observons seize figures et symboles eucharistiques tels l'arbre de vie,
l'arche de Noé, l'arche de l'Alliance, les pains, la Croix
victorieuse et l'Agneau pascal. Ils parlent de la Nouvelle Alliance
réalisée dans le Christ par le don de sa vie : Ceci est mon corps
livré pour vous.
Ceci est le sang de la nouvelle Alliance versé pour la multitude.
Les
vitraux
Huit
vitraux
occupant les fenêtres des bas-côtés et
la première tribune illuminent la chapelle. À l'est, ces
vitraux représentent des scènes
évangéliques : la naissance de Jésus, la
Cène, la fraction du pain à Emmaüs et la communion
de Marie. Du côté ouest, les verrières rappellent
quelques événements qui ont marqué l'histoire de
la piété eucharistique : la communion de saint Tharsicius
dans les catacombes, la vision de sainte Julienne du Mont-Cornillon,
l'apparition de Jésus à Marguerite-Marie, et le pape Pie
X donnant la communion aux petits enfants. Dans chaque vitrail, des
anges nous invitent à la louange aux rythmes de l'Ave Verum et du Laudate Dominum (Ps 150).
Médaillons
et
statuts
Au
plafond
des deux
nefs latérales et de la première
tribune, seize médaillons représentent des saints et des
saintes vénérés particulièrement dans la
Congrégation des Pères du Très Saint
Sacrement. Dans les nefs latérales : l'archange Michel,
l'apôtre Pierre, Jean l'évangéliste, Ignace
d'Antioche, Jean Baptiste, l'apôtre Paul, Marie Madeleine et
Agnès. Aux tribunes : Tharsicius, Thérèse de
l'Enfant-Jésus, Jean Bosco, Marie-Michèle du Saint
Sacrement, Pierre-Julien Eymard, Gabriel de l'Addolorata, Stanislas
Kostka et Benoît Labre.
À
l'avant, de
chaque côté du choeur,
s'élèvent deux statues: saint Joseph portant l'Enfant et
Notre-Dame du Très Saint-Sacrement en marbre de Carrare des
Ateliers du Vatican (1914). Au fond, saint Pierre-Julien Aymard et
sainte Thérèse de l'Enfant Jésus en bois de
facture récente.
L'élan
de la
foi a marqué l'édification de cette
église; le thème de l'eucharistie, et
particulièrement du Saint Sacrement exposé, est central
dans toute l'iconographie. Depuis près de cent ans, des milliers
de gens ont découvert, à l'abri de l'achalandage de
l'avenue du Mont-Royal, cet espace de silence, d'adoration et de
prière liturgique où ils peuvent reprendre des forces en
cette oasis au coeur de la cité. N'est-ce pas là toute la
vocation de nos Fraternités Monastiques de
Jérusalem? Puisse mériter aussi un jour ce
sanctuaire, par l'intercession de Notre-Dame du Très
Saint-Sacrement, cet éloge que Charles Péguy rendit
à la cathédrale de Chartres : « Mille ans de votre
grâce ont fait de
ces travaux un reposoir sans fin pour l'âme solitaire ».