«
Prier la
ville »

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Pierre-Marie
Delfieux
fondateur des Fraternités et
prieur général des frères
Enseignement du 31 janvier 2006
Lettre aux Hébreux 11, 10-16
Saint Luc 24, 44-53
Rencontres
silence intérieur et prière
au Club
St-Denis, Montréal
Vous donc,
demeurez dans la ville
jusqu’à ce
que vous soyez
revêtus de la force d’en haut.
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Vous
et nous, chers amis, chers frères et sœurs,
vous, hommes et femmes d’affaires, chefs d’entreprises,
et nous, moines et moniales de Jérusalem,
avons en commun d’être des
citadins.
C’est dire combien nous devons regarder
avec amour et intérêt ces villes où Dieu nous a
placés !
Cette ville où Jésus nous demande de « demeurer
»
et dont la lettre aux Hébreux nous dit
que, tout là-haut, Dieu nous l’a préparée.
(11, 16)
Mais, qu’est-ce que
la ville ?
La ville est la plus belle image de Dieu sur terre
puisqu’elle regroupe les propres enfants de Dieu
que nous sommes.
La cité des hommes
est donc le premier lieu de la rencontre du Seigneur.
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Pourquoi cela ?
Tout d’abord, parce que Dieu est dans
l’homme.
Au premier jour de Création,
Il a insufflé en lui le souffle de sa propre vie ;
et au matin de la Résurrection, le Christ-Sauveur
lui a rendu le souffle d’une nouvelle vie.
À partir du moment où Dieu s’est mis dans l’Homme,
c’est donc à travers l’humain qu’il nous faut remonter au divin.
Nous sommes à l’image du Père qui nous a
créés ;
à la ressemblance du Fils qui nous a sauvés ;
et en communion avec l’Esprit qui nous habite.
En priant au cœur de la ville des hommes,
nous pouvons donc vivre, en vérité, au cœur de Dieu.
Dès lors, il ne s’agit pas d’abord, pour prier,
de fuir la compagnie des hommes,
mais de retrouver en eux la présence de Dieu.
En aimant donc nos frères et sœurs là où ils sont,
et par conséquent majoritairement aujourd’hui au cœur des villes,
on rencontre par là même,
le Seigneur au premier lieu de sa Présence.
Voilà ce dont nous devons nous souvenir, vous et nous,
dans nos vocations respectives d’habitants des mégapoles.
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* *
Dieu est aussi dans
le monde
et
l’essentiel n’est
pas de le quitter, mais de s’en garder.
Jésus ne nous demande pas en effet
de nous séparer du monde,
mais de nous garder du mal. (Jn 17, 15)
Notre exigence chrétienne,
consiste donc à trouver ce juste équilibre,
nous insérer dans le monde
sans nous diluer dans l’esprit du monde ;
et nous en préserver, sans nous en séparer.
« Une des
tâches les plus délicates pour le moine
dit le Pape Paul VI,
consiste à
allier harmonieusement
présence au
monde et détachement du monde;
l’un et l’autre
étant nécessaires
pour qu’ils jouent
le rôle de signe du Royaume
que l’Église
et le monde lui-même attendent d’eux. »
Je pense qu’on peut en dire autant en un sens
de tout chrétien engagé dans la vie sociale et
professionnelle.
Il nous revient donc, ensemble,
d’apprendre à vivre et à prier,
à aimer et à travailler dans ce monde urbain.
D’y contempler la présence de Dieu
partout en œuvre dans les cœurs
et de lui dire combien Dieu peut être source, pour tous et
toutes,
de joie, de paix, de lumière et d’amour.
D’en prolonger les murmures,
et d’en répercuter, vers le ciel, les soupirs et les cris.
D’en inventer peut-être même la nouvelle spiritualité.
Comme les cisterciens l’ont fait pour la vie aux champs ;
Thérèse d’Avila pour la vie en cellule ;
Bruno pour la vie en solitude ;
Benoît pour la quête de Dieu
dans le travail et à travers la lecture …
Oui, « au cœur
des villes »,
on peut vraiment
vivre « au cœur de Dieu » !
Voici, en tout cas, plus de 30 ans déjà,
que nous en faisons quant à nous,
quotidiennement, rudement, heureusement, la paisible et joyeuse
expérience !
*
* *
Je
dirai pour finir,
que Dieu est
aussi dans la vie.
Et là également nous sommes conviés à Le
rencontrer.
Il n’y a pas, en effet, la prière et la vie.
La vie d’un côté, qui empêcherait de prier,
et la prière de l’autre, qui exigerait de s’en retirer.
La vie est dans la prière et la prière est dans la vie.
Car la vie tout entière est déjà une prière.
À nous donc de trouver et de mettre en place
dans notre vie familiale, professionnelle, relationnelle, sociale,
dans nos démarches, nos dialogues,
nos communications, nos loisirs,
comme autant de « clins d’œil spirituels »,
si je puis dire,
à l’adresse de ce Dieu qui nous aime, nous soutient,
nous console, nous accompagne, nous éclaire,
de ce Dieu qui nous pardonne et nous réjouit sans cesse.
Nous avons à apprendre à unir en nous,
l’action et la contemplation, le travail et l’oraison,
l’oratoire et le bureau, l’Église et la rue …
En un mot : L’Évangile et la Vie.
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* *
Peut-être,
dès lors, nous
faut-il apprendre à prier « autrement »,
mais, quelle grâce pour nos vies,
si nous savons le faire réellement
!
En prenant le déjeuner ou l’ascenseur;
en décrochant le téléphone ou en lisant le journal,
en attendant une visite, en allant à un rendez-vous d’affaires,
en guettant la sortie du travail ou la fin d’un dîner ;
en traversant la rue pour aller à la poste ou à la banque
et en attendant le bus et le métro
pour rentrer en famille ou aller à la liturgie.
Tant pis si nous ne disons plus « l’angélus »
au milieu des champs, comme le peignait Millet ;
IL sonne malgré tout, matin, midi et soir,
aux églises de la ville.
Et Marie de Nazareth peut encore nous apprendre à dire
trois fois chaque jour, le même « fiat »
à l’incessante volonté de Dieu ;
car tout est grâce en vérité,
aujourd’hui encore, au cœur de nos cités en
général,
et de Montréal en particulier.
Puisque c’est là que Dieu nous attend,
dans nos vies contemplatives et professionnelles
pour nous y avoir placés ensemble.
*
* *
Que
notre
prière soit donc dans notre vie
et
toute notre vie
sera une prière !
Au cœur des villes, en ce monde tel qu’il est,
parmi les hommes et les femmes, là où ils sont,
nous
pouvons toujours
Le rencontrer.
Dieu veuille que ce soit aussi pour l’annoncer !
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